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St-Servais

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Le sud de St-Servais, de l'étang de Brezal jusqu'à Kerfaven, le long de l'Elorn et de la D712, puis en remontant jusqu'à Kerivin, faisait partie de Pont-Christ avant la révolution. Nous l'avons démontré dans le chapitre intitulé Le grand Pont-Christ. Et ceci, même si depuis longtemps St-Servais est une commune autonome  .

Autrefois St-Servais, comme St-Derrien et Lanneuffret, faisait partie de la paroisse de Plouneventer. St-Servais a acquis son indépendance en 1789, St-Derrien en 1882 et Lanneufret en 1550 environ. Fermer X

Il était donc important de lui consacrer un chapitre, tout en mettant en évidence ses liens avec Pont-Christ Brezal. Nous avons déjà évoqué certains liens en parlant de Yan' Dargent, des villages comme Kertanguy, Penhoat et une partie de Kerfaven située sur cette commune. Sans oublier, le moulin de Run-ar-C'hy, ni le lieu de Ti-Robée, en parlant de la littérature en langue bretonne.

Ma vision de St-Servais

Le musée Yan' Dargent est installé dans l'ancienne école des garçons

L'ossuaire rénové en 2017 - voir une belle photo du vitrail

Les baignades dans l'Elorn

A Pont-Christ, pendant l'été, on se baignait dans l'étang de Brezal ou dans l'Elorn, souvent en amont du pont. Dans les années 1950-60, les gâs de St-Servais avaient jeté leur dévolu sur "Toullig a' Frout" dans le coude de l'Elorn entre Kerfaven et Pont-Christ. Voici le lieu : une eau assez profonde au fond couvert de sable grossier avec un rocher au milieu pour plonger...


Toullig a' frout

... et deux photographies de ces jeunes se prélassant sur la prairie de cet endroit.



Sur la photo du haut, on peut voir :
Pierrot Sizun, Jean Gourvès, Noël Diner, René Guillerm, Roger Le Goff, Jean Boulch, Robert Alain, Yvon Le Bihan, Gabriel Boulch, Marcel Allain, Jean Allain, Jos Le Gall, Hervé Le Hir



Sur la photo ci-contre :
Noël Diner avec Maurice Mingam, Jean Gourvès et Georges Le Caignec

Le stock-vélo

Stock-vélo à Saint-Servais (Télégramme du 27 et 28/8/1960 : article aimablement photocopié par Noël Diner)

 Armand Abgrall et Guy Le Bihan descendent une pente.

La lutte est serrée, les "jeunes" ne cèdent pas leur place aux "vieux". Mais le "jeune" a déjà un tour de retard

Un groupe de garçons de St-Servais a créé de toutes pièces, dans une carrière désaffectée, un parcours mouvementé de cyclo-cross, de micro-cyclo-cross, si l'on ose le dire, car la piste est courte quoique les difficultés soient nombreuses. Utilisant des vélos qu'ils ont montés eux-mêmes, avec des pièces détachées glanées ça et là, les garçons de St-Servais disputent chaque jour les épreuves les plus diverses qui vont de l'acrobatie pure à la course contre la montre. Voici Guy Le Bihan (photo  ), 7 ans, benjamin de la bande dévalant une pente plutôt raide, mais heureusement courte.

Le "stock-vélo", vous connaissez ?

A Saint-Servais (Finistère), les "gars du bourg", de 7 à 17 ans, ont inventé ce sport nouveau pour occuper les loisirs que leur laissent les grandes vacances.
"Une minute 39 secondes, s'écrie le chronomètreur, record battu". Les cris des spectateurs couvrent sa voix. Le photographe accourt. Bazile Grall, le vainqueur, bombe le torse.

On se croirait presque aux Jeux Olympiques, et nous ne sommes qu'à St-Servais, dans le Finistère. Une commune de 600 habitants, où est né le peintre Yan Dargent. Ni Anquetil, ni Bobet, à l'arrivée de vélo-cross, où plutôt stock-vélo, comme l'ont baptisé les habitués du lieu. Le champion de 17 ans se nomme Bazile Grall, et le benjamin "Guiton" Le Bihan a 7 ans. Dans une vieille carrière de sable désaffectée, une équipe de jeunes a construit une piste de vélo-cross, où ils disputent une course aux étapes aussi nombreuses que les jours de vacances.

"Ceux du bourg"

"Guiton" Le Bihan, un petit blond de 7 ans, n'est pas content : "Au début, il n'y avait que ceux du bourg, alors on était tranquilles. Maintenant, il n'y a plus moyen de circuler, il en vient de partout... D'abord, ceux-là, ils n'ont rien fait, ce sont ceux du bourg qui ont tout fait !"
- "Qui, ceux du bourg ? "
- "Jean-Jacques Le Borgne, Noël Diner, Armand Abgrall et Daniel Sizun".

Noël Diner, un solide gaillard de 17 ans, me raconte comment ils sont arrivés à construire cette piste : "Les vacances sont longues et à Saint-Servais, il n'y a pas grand'chose à faire. Alors, un jour, il y a trois ans, nous avons décidé de constuire un circuit de vélo-cross dans la carrière communale. Au début, il n'y avait qu'un seul vélo, et la piste était très courte. L'année dernière, il a fallu recommencer, car les ouvriers avaient tout démoli en prenant du sable. Cette année, la carrière étant définitivement abandonnée, nous avons décidé de faire un véritable circuit".

 Le "stock-vélo" est un sport d'équilibriste. Noël Diner
arrivera à rétablir son équilibre et à gagner cette course

Des terrassiers de 12 ans

"Il a fallu travailler dur pendant un mois avant de pouvoir s'amuser. Les plus forts prenaient une bêche ou un croc, les plus jeunes une pelle ! La piste unique du début s'est multipliée et il faut être un habitué du circuit pour s'y reconnaître. Le travail a été bien fait, les virages sont relevés, les "dos d'ânes" ont été renforcés. Les places réservées aux spectateurs sont soigneusement aménagées et les visiteurs ne courrent aucun risque. Le coin des coureurs réserve une surprise. Des chambres à air éventrées, deux moitiés de roues pendent à un portique.

Des vélos sauvés de la ferraille

Le chef mécanicien me donne l'explication de cette étrange panoplie : "On met ici tout ce qui est cassé, et depuis quelques jours les fourches se brisent très souvent. Quant aux chambres à air, on les aperçoit quelquefois à travers les rustines".
- Mais où prenez-vous tous ces vélos ? Si ce sont ceux de vos parents, vous devez avoir des ennuis certains soirs ?
- Oh ! Nous ne risquons rien. Tous ces vélos, nous les avons montés nous-mêmes à partir de pièces détachées prises à la ferraille".

Vas-y Bazile t'es un champion !

Toute l'équipe est là au départ : Pierre-René Rolland, Jean-René Diner, Roger Douval, François Abgrall, Joseph Ulvoas, André Le Goff et "ceux du bourg". Le chronomètreur est à son poste : "Trois, deux, un, partez...". Le premier vient de s'élancer... Trop vite, une pédale accroche le talus, c'est la culbute. Sans mal. Le guidon est un eu tordu. Les autres ne regardent même pas. Le second s'élance déjà, bientôt suivi de toute la meute. Les plus petits ne cèdent pas la place aux plus grands. Ils sont les plus téméraires. Ils profitent d'un virage un peu sec pour doubler, au risque de perdre l'équilibre.

Tout à coup, un bruit de pétard qui explose nous fait sursauter : une chambre à air vient d'éclater. Ce n'est rien, l'équipe des mécaniciens est déjà là. En un clin d'oeil, la roue est démontée. la chambre à air changée et déjà il repart.

Le souffle devient de plus en plus court, la sueur perle sur tous les fronts, la fatigue se fait sentir. Heureusement, l'arrivée n'est pas loin :
- Vas-y Bazile, crie une spectatrice. Tu es un vrai champion". Bazile franchi la ligne d'arrivée en vainqueur et me dit : "Vivement l'année prochaine... que l'on recommence".

Texte de J.C. Cassenac, photos d'A. Portailler.

Le nom de "stock-vélo" leur avait été inspiré par le mot "stock-car". Je dois dire que ce circuit était impressionnant. Il y avait notamment une courbe en hauteur qui passait sur une passerelle en bois avec un dévers très important, et une partie du circuit s'engouffrait dans une tranchée qui descendait presqu'à pic pour remonter immédiatement. Sa profondeur était de 3 mètres au moins, sa largeur ne dépassait pas beaucoup celle d'un guidon : il fallait maîtriser sa monture, je vous le dis ! Je me suis essayé sur ce circuit du haut de mes 8 ou 9 ans, mais je n'ai pas osé passer dans la tranchée.

Une certaine famille Le Goff

François LE GOFF, né le 21 septembre 1897, Ploudiry, décédé le 8 mai 1957, St-Servais (à 59 ans), sabotier, cheminot.
Marié le 13 janvier 1921, St-Servais, avec Joséphine COULOIGNER, née le 14 mai 1895, Keryven, St-Servais, décédée le 2 juillet 1956, St-Servais (à 61 ans), garde-barrières, dont

François Le Goff était surnommé Feñch an Treñ (prononcer "train" comme en français), selon les dires de Mikael Madeg : "Dans le coin de Saint-Servais qu'on appelle Ar Menez (la montagne, en fait une simple colline), il y avait dans la même tranche d'âge deux Feñch a' Go (officiellement "François Le Goff"). D'où un motif supplémentaire pour les surnommer. L'autre était dit Feñch ar Menez, ce qui n'est pas très différenciant ... ou Feñch ar Bouloñjer parce qu'il était boulanger. Quant à celui-ci, le Feñch an Treñ, il travaillait sur la voie ferrée."

L'épouse de Feñch an Treñ, Joséphine, Chef a' Go pour tout un chacun, elle était remplaçante au passage à niveau de Pont-Christ. C'est-à-dire qu'elle remplaçait la garde-barrières titulaire, lors de son jour de repos hebdomadaire qui était le mercredi. Le mercredi était jour de marché à Landivisiau, ceci expliquant cela. La garde-barrières s'y rendait en vélomoteur avec deux sacoches bien accrochées au porte-bagages.

Au décès de Joséphine, c'est sa fille, Paulette, qui lui succéda dans cet emploi. Les remplaçantes faisaient des remplacements dans plusieurs passages à niveau. Je sais que Paulette travaillait aussi au passage à niveau de "La Bascule" à Landerneau. Mais tout cela, c'était avant automatisation des barrières ou la création de pont.

Quand à Edmond, il travaillait aussi pour la S.N.C.F. car il conduisait les michelines. J'ai raconté mes souvenirs d'enfance le concernant dans un chapitre sur le chemin de fer : Le matériel roulant.

La vie à St-Servais dans les années 30

 1 

par Jean Hamon

Imaginez la vie dans un petit village du Nord-Finistère, dans les années trente. La plupart des habitants sont des paysans, travailleurs et tranquilles. Cette période d'après guerre est un moment calme dans la vie de la commune, mais non moins intéressant, car selon les témoignages, la vie était alors plus harmonieuse.

La vie à la ferme

A cette époque, les travaux de la ferme n'étaient pas mécanisés comme aujourd'hui. Ils se faisaient " pelle et pioche ". Les mains du paysan et son cheval constituaient le matériel principal (à ce propos, on lira volontiers le chapitre sur la ferme de Kertanguy, située aussi à St-Servais - NDLR). Un lien particulier unissaient ces deux travailleurs. Longtemps le cheval a été apprécié pour le travail de la terre. Malgré la rudesse du labeur, beaucoup témoignent de l'amour du cheval. Ils disaient : " un cheval, c'était intéressant. Pour certains travaux, le cheval savait ce qu'il fallait faire. C'était formidable ! Plus gaie aussi la relation avec l'animal, tandis qu'un tracteur, ce n'est qu'une machine ! ".

Les bêtes avaient une place prépondérante. En effet, le matin, dès 6 heures, on soignait les animaux. Chacun avait sa tâche dans la famille : la femme s'occupait de la maison et des bêtes, l'homme travaillait les terres. Au petit matin, la femme allait traire les vaches, puis préparait le petit-déjeuner. Pendant ce temps, l'homme, souvent aidé de ses garçons, s'occupait du ou des chevaux. Puis ils nettoyaient les crèches. Il fallait aller au puits ou au proche ruisseau, seaux à la main, chercher de l'eau pour les bêtes et la maison. Une ferme comptait huit ou neuf vaches, quatre ou cinq truies, trois ou quatre génisses, quelques poules. Ces animaux suffisaient pour nourrir toute la famille. Les habitants vivaient dans un système de quasi-autarcie.

En avril-mai, les vaches regagnaient les pâtures. Pendant les grandes vacances, les "mousses" les conduisaient au pré le matin et les ramenaient en fin d'après-midi. Il y avait des embouteillages le soir, après 16 heures, sur les chemins où rentraient les vaches. Les troupeaux n'étaient pas importants, mais les chemins étaient étroits par contre. " Les bêtes se mélangeaient, c'était la pagaille ! " Il fallait parfois appeler les parents qui étaient aux champs pour aider les enfants à rentrer les animaux. les enfants étaient chargés également de garder les vaches autour des champs, afin de brouter l'herbe qui poussait sur la bande terrain qui n'était pas labourée, ou le long des routes. Pas besoin d'élaguer les talus, à cette époque !

En hiver, les bêtes ne sortaient pas pendant deux mois au moins, il n'y avait pas de pâture. On leur donnait du fourrage. Quand aux chevaux, ils mangeaient l'ajonc que l'on hachait, mélangé à de l'herbe, un peu d'avoine de temps en temps et du panais aussi, sorte de carottes que l'on tirait à l'aide d'une bêche. Les fanes étaient cueillies à la main et données aux vaches. En été, le trèfle était la nourriture de base des chevaux. Les cochons étaient nourris avec du lait écrémé de la ferme et des patates.

 2 

 

Les repas

Pour commencer une telle journée, il fallait un petit-déjeuner bien copieux : du bouet cafe (pain trempé dans du café) ou de la soupe. A 10 heures, on faisait un casse-croûte avec du pain beurre et des tranches de lard. Le bol de lait, bu aussitôt trait, sans être écrémé, était apprécié les jours de grande fatigue, les jours de battage, par exemple. En ce temps-là, la nourriture était bonne, simple et naturelle. Il suffisait d'acheter un peu de sel et du café.

Le pain était un aliment important, il accompagnait tous les repas. Sa fabrication pouvait se faire de différentes façons : la pâte était pétrie à la maison et cuite dans le four du village, quand il y en avait un. Le plus souvent, les femmes travaillaient la pâte qu'elle coupaient, à la main, en morceaux. On s'entraidait entre trois ou quatre fermes pour envoyer la farine et pétrir la pâte dans une des grandes maisons du village. Ensuite, elles allaient au menez, à la boulangerie, faire cuire la pâte. Pour une certaine heure, toute la fournée était prête ; il suffisait de venir retirer le pain du four. Chaque famille avait ses pains, marqués d'un tracé pour les reconnaître.

Plus tard, le blé en grains était déposé chez le boulanger qui fournissait les tickets de pain, suivant le poids de blé apporté. A chaque fois qu'on allait chercher du pain, on donnait un ticket qui portait la mention : bon pour un pain de trois ou six livres.

Les crêpes faites sur une grande poêle, étaient beurrées ou parfois garnies de confiture, produits faits à la maison par les mères et les grands-mères.

Lors de la tuée du cochon, tout était récupéré pour faire de la charcuterie, même le sang pour le boudin. Les morceaux de viande étaient salés et fumés dans la cheminée. Il y avait souvent des grandes cheminées dans les maisons. Il était fréquent d'utiliser la tourbe pour se chauffer. La paille ou du bois servaient pour démarrer le feu, puis on mettait les morceaux de tourbe qui gardaient le feu plus longtemps. La tourbe était retirée et laissée sécher sur le terrain, à côté de la maison. Quand les merceaux étaient secs, on les rangeait dans une grange. La tourbière se trouvait à l'emplacement actuel de la base aéronavale. Elle était séparée de celle de Bodilis par une garenne.

On tuait aussi des veaux, des génisses grasses ou encore des poules. Ces viandes étaient accompagnées de légumes : poireaux, pommes de terre, carottes... On faisait également des soupes. Les pommiers, poiriers, voire pruniers, nous procuraient des fruits.

A midi, on mangeait de la bouillie d'avoine, du farz gwinizh, farine de blé pétrie et cuite au four, ou du kig ha farz avec des tranches de lard, surtout le dimanche. Jusqu'à cinq ou six ans, les enfants se servaient de leurs mains pour manger. Plus tard, ils avaient un couvert, comme les adultes. Dans certaines fermes, les cuillers étaient rangées dans la parailher suspendu au-dessus de la table de la cuisine. Un système de poulies permettait de le descendre et de le monter. Chaque cuiller portait le nom de son titulaire.

 3 

L'école du village

Chaussés de sabots cloutés, vêtus d'une veste et d'un pantalon d'étoffe grossière, souvent rapiécés, coiffés d'un béret noir, un sac passablement usé en bandoulière, les enfants quittaient leur village, en petits groupes. Ceux-ci allaient grossissant au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient du bourg. Certains, pour rejoindre l'école, devaient parcourir trois ou quatre kilomètres, à pied 1. Ils traversaient les bois, marchaient à la lisière des champs, enjambaient les ruisseaux pour rejoindre une route pas toujours en bon état... et cela quel que soit le temps. Il y avait une école pour les garçons et une pour filles. Le mobilier scolaire était simple : une table avec un plateau incliné et rainuré, muni d'un trou pour mettre l'encrier en porcelaine ou en plomb, le bureau de l'institutrice et le fameux tableau noir. Et il y avait aussi cet énorme poêle noir, qui ne servait que très rarement, par grand froid et qui plus est se montrait souvent récalcitrant. La plupart des enfants ne parlaient que le breton au début de leur scolarité. Or, les instituteurs ne parlaient que le français, lois de la République obligent. Tout cela n'était pas toujours facile à vivre, d'autant que les élèves, surpris à parler en breton, étaient punis, mais cela pouvait donner lieu à des situations cocasses aussi : en ce début de siècle, on ne consultait pas souvent les médecins et encore moins les spécialistes.

Or, un jour, dans la petite classe, un élève sortit ses lunettes pour une lecture. la maîtresse s'enquit gentiment du lieu où il les avait achetées :
- A Montroulez, répondit le garçon.
L'intitutrice lui sourit et lui expliqua que Montroulez se disait Morlaix en français.
- Non, c'est à Montroulez que je les ai achetées, répondit, têtu, le jeune garçon.
Rien n'y fit, les explications de la maîtresse n'arrivèrent pas à le faire changer d'avis : c'était à Montroulez et non à Morlaix qu'il avait acheté sa paire de lunettes.

Une fois franchi les murs de l'école, le breton reprenait ses droits.


1 Dans les années 1950, ce fut le cas de quelques enfants de Pont-Christ et du Frout qui se rendaient aussi à l'école de St-Servais (NDLR).

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Il y avait deux classes et donc plusieurs niveaux par classe. L'institutrice commençait l'apprentissage de la lecture par les lettres, les syllabes et les mots, et aussi l'apprentissage de l'écriture. En premier lieu, les élèves avaient une ardoise, puis cette étape confirmée, ils avaient un crayon gris et un cahier. Les premières notions de lecture assimilées et la main de l'enfant formée à l'écriture, arrivait, enfin, le grand moment de l'écriture au porte-plume. C'était tout un art que l'écriture à la plume. Chacun à son rythme gravissait les différentes étapes qui, du CP au CM2, le conduisait dans la section du certificat d'études.

Aux récréations, les enfants jouaient à saute-mouton, aux barres, au ballon et aux billes. Le rythme des journées ne variait guère, le temps passé à l'école était utilisé le plus efficacement possible. Ainsi, sur le cahier du jour, après avoir écrit la date, venait la dictée, la rédaction, les calculs, les problèmes, tous séparés par une ligne tirée à la règle. Ce cahier était relu et corrigé par l'instituteur, le soir. Il y avait un cahier spécial pour les contrôles qui servait aussi de cahier de correspondance avec les familles. De façon générale, les enfants étaient studieux et appliqués, et une saine émulation existait entre eux.

L'ambition des enfants était de parvenir dans la classe du certificat d'études. Dans cette classe, l'enseignement était plus approfondi et élargi, la pression y était forte, les enseignants exigeants, le travail poussé et les contrôles plus rigoureux. c'était une aventure, ce certificat ! La veille de l'examen, les cartables étaient passés en revue, on se devait d'avoir un sac en bon état et surtout tout le matériel nécessaire. Rien ne devait manquer, au pire, on empruntait à un élève qui ne passait pas l'examen. Le centre d'examen était à Landivisiau, les enfants, accompagnés d'un parent, s'y rendaient en car. Les candidats étaient stressés. Le matin, avaient lieu les épreuves écrites : dictée, rédaction, problèmes, histoire et géographie, et leçon de choses. Dès le début de l'après-midi, l'inspecteur publiait la liste des candidats admis à passer l'oral, dessin, chant, gymnastique. Dans la soirée étaient affichés les résultats définitifs.

 5 

Le travail à la campagne

Le travail était autrement plus difficile qu'aujourd'hui. Tout était manuel. Les outils les plus courants dans les fermes étaient les charrues, les faucilles, les faucheuses, des crocs, des bêches, des semoirs à chevaux, des charrettes avec des roues cerclées de fer, puis des satos 1... Il y avait aussi la batteuse. Ce sont les chevaux qui la faisaient fonctionner. On s'entraidait à une dizaine de fermes pour faire la moisson. Le blé était coupé à l'aide d'une faucheuse, puis lié pour faire des gerbes que l'on regroupait par huit pour faire une javelle. On faisait des tas dans le champ. Une équipe de treize ou quatorze personnes travaillait sur l'aire à battre, quand le temps était favorable. Il fallait porter et ramasser la paille, monter les sacs de grain dans le grenier. Quelle chaleur, quelle poussière ! Le battage durait une bonne semaine.

Le travail du blé était un travail des plus importants. mais, il n'y avait pas que cela ! On cultivait aussi du sarrasin, de l'avoine, des betteraves, des pommes de terre, des carottes, du ruta, du colza, de l'orge...

Comme tout était manuel, il fallait de la main-d'oeuvre pour travailler. aussi, dès quatorze-quinze ans, les adolescents étaient avec leur père et mère à apprendre les différents travaux de la ferme. Ce n'était pas toujours facile, mais, à ce moment-là, ce qui importait était de connaître son métier. Dans les grandes familles, lorsque l'un des enfants avait son certificat d'étude, il était placé dans une administration, mais l'un d'entre eux restait toujours à la ferme avec les parents. L'apprentissage commençait tout jeune, par des choses simples, puis on l'initiait aux travaux durs au fur et à mesure qu'il grandissait.


1 Satos = charrette sur pneumatiques (NDLR).

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A cette époque-là, le soleil et le temps rythmaient les journées de travail.

Le lundi était réservé à la lessive, si le temps le permettait. Panier à linge dans la brouette, les dames prenaient la direction du lavoir. Le travail terminé, il fallait parfois faire appel au mari pour remonter le linge mouillé, car la charge était trop lourde.

La nuit tombée, les travaux et les devoirs faits, on dînait. Après, selon les saisons, on préparait le travail du lendemain. en hiver, venait le moment des veillées entre voisins. Jeux de dominos, de cartes, couture pour certaines femmes. Les veillées perlettait d'entendre les dernières nouvelles car, dans le groupe, il y avait des gens qui sortaient plus que d'autres et étaient au courant de l'actualité. On avait plus de temps qu'aujourd'hui, l'ambiance était très conviviale entre voisins. Puis, venait l'heure de se coucher, dans les lits clos, chauds et douillets.

Autrefois, le travail à la campagne était plus rude en raison du peu de mécanisation. Les nouveaux outils ont supprimé beaucoup de travaux manuels, la main-d'oeuvre devenue inutile a disparu et le paysan se retrouve seul dans son quartier. Les foires de Landivisiau et de Lesneven étaient également un lieu de rencontres et d'échanges. L'activité agricole ne le permet plus. A cette époque, on se contentait de ce que l'on avait et c'était le bonheur. Ceux qui veulent toujours plus se rendent malheureux.

Publié dans Terre d'embruns - Les aînés ruraux racontent
Ed. Cheminements, gens d'ici 2005.

Sources

ADB = Archives Départementales du Finistère à Brest


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 André Croguennec - Page créée le 24/2/2020.

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