blason de La Roche

Le bois du Pontois

accueil


Merci Christiane,
et Jean-Paul,
pour cette visite guidée
du Pontois
le 9 juin 2017

  1. La chapelle et les cahutes
  2. Les grottes
  3. Le milieu naturel
  4. Le bois du Pontois pendant la 2è guerre
    • Les résidents en baraques
    • La rafle du 10 octobre 1942
    • La stèle des fusillés
  5. Article de presse
  6. Sources des informations
Chapitre précédent :
le château du Pontois
Les autres manoirs et châteaux
de La Roche-Maurice :
- Keraoul
- Kerlys
- Kernevez
- Kerfaven
- Keramer
- Le Roc'h Morvan
- Synthèse

La chapelle et les cahutes

L'allée qui part de l'arrière du manoir conduit directement aux ruines de la chapelle, distantes d'une centaine de mètres seulement.


Allée

Cahute de gauche

Les cahutes :

A l'approche des ruines, cette allée aujourd'hui peu pratiquée, se réduit à un chemin forestier qui monte entre deux cahutes de pierres d'environ trois mètres de hauteur. Les cahutes ne comportent qu'une seule ouverture sur le devant, la porte permettant d'y entrer. L'arrière est en pente recouvert de terre. L'intérieur est circulaire et le côté interne du mur, de celle de droite, est incrusté de petits coquillages. Ceux-ci "sont organisés en divers motifs (guirlandes de moules, fleurs en moules ou ormeaux...) sur fond de bigorneaux".

La raison de la présence de ces cahutes n'est pas définie, elle pourrait être religieuse car ces constructions font penser à l'ermitage de saint Hervé à Lanrivoaré.

Mais pour les propriétaires du lieu "ces bâtiments, appelés folies de jardin ou fabriques de jardin sont caractéristiques de la mode des jardins d'agrément à la fin du 18è siècle. Ici, ce sont des grottes mais ailleurs ce sont des temples, pyramides, pagodes, etc..."


Cahute de droite

La chapelle :

On rentre dans la chapelle par une porte latérale en empruntant un escalier de 6 ou 7 marches. A droite de cette porte, il y a une fenêtre. Face à celle-ci sur le mur opposé, on trouve une autre fenêtre, l'autel était situé entre ces deux fenêtres contre le mur du pignon Est.

La chapelle est très ancienne. Elle a été dédiée à Saint Guillaume. On peut penser qu'elle a été construite par Guillaume Le Pontois, sieur dudit lieu, décédé en 1663. Au moins deux de ses filles y ont reçu la bénédiction nuptiale : Jacquette qui épousa en 1657 Maurice de Poulmic, sieur de Traonhuel  , et Jeanne mariée en 1661 avec René Joseph Charles, sieur de Kerinou.

"quibus in missa celebratione dedit nuptialem benedictionem apud le Pontois in sacello Sti Guillermi magister Joannes Feret pbr"
= "à qui lors de la célébration de la messe Maître Jean Feret prêtre donna la bénédiction nuptiale dans le petit sanctuaire de St Guillaume près du Pontois" Fermer X

La chapelle est inventoriée par le chanoine Paul Peyron dans Les églises et chapelles du diocèse de Quimper : "On signale en 1804 à La Roche, la chapelle du Ponthoy à M. Guimar, et celle de Keraoul à M. Ollivier".

En 1891, alors que Stéphanie de Lavillasse vend le domaine du Pontois à Eugène Belin, on peut déduire, par le contrat de vente, que la chapelle était encore fonctionnelle et pouvait être utilisée pour le culte : "Tous les objets mobiliers considérés comme immeubles par destination ... seront la propriété de l'acquéreur, et pour éviter toutes difficultés et toutes méprises à cet égard, il est expliqué que les bancs mobiles, pots de fleurs de la serre, garnitures de rideaux, glaces et tous les objets, non compris l'autel, qui se trouvent dans la chapelle demeurent la propriété exclusive de Madame de Cintré ".

En 1940, la chapelle Saint Guillaume avait encore sa toiture, en entrant tout de suite à droite se situait un bénitier coquillage, sur le sol des dalles de schiste apparentes, le choeur occupait pratiquement la moitié du lieu, avec l'autel de pierre appuyé contre le mur du fond.

Les Allemands, investissant le bois du Pontois en 1941, démolirent la toiture pour installer un mirador, d'où l'on pouvait apercevoir le pont de Plougastel et la rade de Brest. Depuis le mirador a évidemment disparu mais la chapelle en a souffert.

Le pignon Ouest avec ce qu'il reste la niche qui accueillait probablement la statue de Saint Guillaume.

L'intérieur de la chapelle aujourd'hui, et sous la petite ouverture au plafond le mur où se trouvait l'autel. Le sol est recouvert de gravats cachant les dalles de schiste.

Les grottes

Les grottes, celle de Lourdes et celle de Ste Hélène, sont situées dans l'affleurement de quartzite sur lequel est bâtie la chapelle.

Elles sont 12 mètres en contrebas de celle-ci au bord d'un petit chemin forestier qui permet de longer le bloc de rochers par le nord.

Les statues de la Vierge et de Ste Hélène ont disparu, mais on peut voir encore le crochet rouillé qui retenait celle de Notre-Dame de Lourdes.

Tout près de là, on arrive sur la cuisine de "Julot", l'homme des bois, et ensuite à sa chambre.

Julot était arrivé là dans les années cinquante. Il vécut douze ans dans ce parc, même durant l'hiver 54, fort rigoureux.

La chambre de Julot

   La cuisine de Julot (fouille en cours par un archéologue le 9/6/2017).
  La pierre en surplomb garde encore quelques traces de fumée.

Voilà un habitat assez rudimentaire

Un ermite à La Roche-Maurice par Joseph Abiven

Jules Peruzotti naquit le 1er septembre 1901 quelque part en Italie. Jeune homme, il émigra en France et s'engagea dans l'armée. Au mois de mars ou avril 1940, il fait partie du régiment de chasseurs alpins transitant vers la Norvège et qui fit relâche à La Roche-Maurice pendant huit ou quinze jours.

En 1952, revoilà notre ancien soldat de retour sur les bords de l'Elorn, la région lui avait plu énormément. Notre Julot, car c'est de lui qu'il s'agit, trouva du travail dans une entreprise du bâtiment de la région et fut hébergé dans les anciennes baraques allemandes du Pontois et ce, jusqu'à leur démolition. Celles-ci au nombre d'une quinzaine, furent construites en 1941 au sud-est de la propriété par la Kreigsmarine. A la libération, deux demeurèrent en place et les autres, démontées et transportées à Brest, servirent de logement à la population sinistrée.

Son patron lui construisit ensuite une cabane pour son logement. Il s'intégra facilement à la population et devint très connu des Rochois. Au bout de quatre ou cinq ans, notre homme voulant sans doute vivre en osmose avec la nature : les arbres, les oiseaux, les rochers, décida d'arrêter de travailler et de quitter sa demeure. Il jeta son dévolu sur le bois du Pontois. L'allée du même nom et les maisons aux alentours n'existaient pas encore ; cela rendait les abords de la futaie beaucoup plus discrets. Le bois avait déjà connu la hutte des sabotiers dans l'entre-deux-guerres. Mais notre Julot ne prendra pas exemple sur ces derniers.

Il avisa pour demeure deux blocs de silex. Le premier pour sa "cuisine" dans le creux de deux rochers chapeautés par un troisième, exposé au nord et donc abrité des pluies et vents dominants. L'hiver, il y avait du feu en permanence alimenté par le bois mort ramassé dans la journée. Deux pierres servaient de trépied et un rondin de bois en guise de banc, pas de table. Tel sera le mobilier de sa cuisine en dehors d'une maigre vaisselle.

 

Son alimentation ne sera pas opulente. L'été, il se nourrissait de fruits sauvages tels que mûres, noisettes, myrtilles et châtaignes à l'automne. Les chasseurs lui apportaient de temps en temps quelques gibiers, principalement des renards, dont il mangeait les cuisses, non sans les avoir fait faisander pendant plusieurs jours, suspendus à un arbre à l'entrée de sa grotte. Les poules ainsi que les reptiles faisaient également partie de son "festin". Toutes ces viandes étaient cuites et mijotées dans une sauce au vin dont lui seul avait le secret. En hiver, quelques rares personnes lui apportaient quelquefois un peu de nourriture. Mais jamais il ne quémandait quoi que ce soit. A l'automne, sa principale occupation était la cueillette des champignons. On le rencontrait très souvent, les yeux rivés au sol à la recherche de ce précieux comestible. La récolte faite, il prenait la direction des restaurants de Landerneau, sans oublier d'en laisser au passage à son grand ami, le Docteur Pouliquen, chirurgien à l'hôpital. L'argent ainsi acquis servait à sa subsistance car, à part ceci, on ne lui connaissait pas d'autres apports pécuniaires.

La "chambre à coucher" était distante d'une quarantaine de mètres de sa cuisine. Elle se trouvait sous un autre rocher, exposé plein sud. La pièce très rudimentaire ne comportait absolument aucun meuble. Jules dormait à même le sol sur un peu de paille et des haillons, recouverts tout de même d'une couverture. Notre ermite passait les journées à arpenter son "domaine", à écouter les oiseaux chanter, à admirer la nature. Nul n'a connu aussi bien que lui chaque rocher, chaque arbre, on pouvait dire qu'il faisait partie de la faune.

Qu'il pleuve ou qu'il gèle à pierre fendre, Jules Peruzotti vécut ainsi une dizaine d'années. Le sabotier dans sa hutte et même les moines de nos monastères feraient piètre figure à côté de cette existence.

Publié dans Terre d'embruns - Les aînés ruraux racontent
Ed. Cheminements, gens d'ici 2005.

Le milieu naturel

L'Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) répertorie les Zones Naturelles d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) et en signale une dans les bois du Pontois associée à celle du Roc'h Morvan. Cet inventaire s'est aussi intéressé à Pont-Christ, où l'on trouve à peu près les mêmes caractéristiques, on y trouvera des photos que je ne reproduis pas ici.

Descriptif synthétique :

Les rochers signalés ici font partie d'une succession d'affleurement de chicot de quartzites qui poursuit celle que l'on voit à Pont-Christ : gros rocher surplombant le village et, plus à l'est au-dessus de Gorrequer, le "Trou du Bonnet Rouge" et la "Roche Percée".

Milieux principaux : hêtraies à Ilex et Taxus riches en épiphytes, et rochers ombragés à suintants dans le secteur de la Chapelle ruinée ; Roc'h Morvan : pelouses siliceuses ouvertes et rochers exposés à ombragés en atmosphère fraîche, avec localement des stations plus calcaires (fortifications du château).

Les espèces remarquables sont les suivantes :

Flore :
dans le secteur de la Chapelle ruinée, présence de 3 fougères protégées au niveau national :
/!\ Les liens pointent sur les photos incluses dans l'article similaire pour Pont-Christ.
  1. le dryoptéris atlantique (Dryopteris aemula) en quelques points du bois,
  2. l'hyménophylle de Tunbridge (Hymenophyllum tunbrigense) présent en plusieurs endroits sur les rochers du sous-bois,
  3. et le trichomanès élégant (Trichomanes speciosum) ce dernier uniquement présent sous sa forme de prothalle ;
et sur la butte de Roc'h Morvan, présence de Trifolium resupinatum et de quelques autres plantes peu communes, notamment Veronica agrestis.
Intérêt bryophytique :
  1. l'hépatique Plagiochila spinulosa est présente sur les rochers de la Chapelle ruinée ;
  2. sur le Roc'h Morvan existe une importante station de l'hépatique méditéranéenne-atlantique très rare en France : Marchesinia mackaii, et plusieurs autres bryophytes peu communes ont été relevées dans les environs immédiats du château.
Faune :
avifaune caractéristique des bois de feuillus sans espèces remarquables. L'escargot de Quimper Elona quimperiana, espèce protégée au plan national, est abondant dans le bois.

Conditions actuelles de conservation : il est proposé une gestion du bois de la Chapelle ruinée sous le régime de la « futaie jardinée », en veillant à conserver un couvert végétal dense. Toute la roche quartzitique brute portant le Château de la Roche-Maurice et ses enceintes ne doit faire l'objet d'aucun nettoyage pour éviter la destruction de Marchesinia. Les murs et murets et leurs jointoiements doivent aussi être préservés dans la mesure du possible, l'enlèvement éventuel de la végétation à ce niveau doit rester modéré, partielle, et ne pas concerner les bryophytes (pas de sablage, grattage, ou nettoyage avec de l'eau haute pression).

Le bois du Pontois pendant la 2è guerre

Les résidents en baraques :

Pendant la guerre, il y avait au Pontois (château et baraques) :

1 Après la Libération, le recensement de 1946 dénombre encore huit familles dans ces baraques du bois du Pontois.

Réparties en deux groupes, elles abritent 18 personnes, dont le fameux Jules Peruzotti, qui est dit "charpentier".

On disait qu'il y avait plus de monde dans le bois du Pontois que dans la commune de La Roche.

 

La rafle du 10 octobre 1942 :

Le 7 octobre, le SS Sturmbannführer und Kommandeur, Dr. Heerdt, adressa les consignes générales à l'intendant de police, à la préfecture régionale de Rennes : "Le 9 octobre 1942, les Juifs mentionnés sur les listes ci-jointes devront être arrêtés par les services de police placés sous vos ordres et livrés avant le 10 octobre au plus tard dans le camp situé sur le Champ de Mars. Outre les personnes indiquées sur les listes jointes, il y a lieu d'arrêter tous les membres de la famille sans égard quant à leur âge et à leur sexe (donc aussi les enfants) et de les livrer au même camp. ... "

Le Finistère comptait peu d'Israélites : 123 en tout, 83 dans l'arrondissement de Brest, dont une vingtaine de commerçants.

Un couple de déportés brestois arrêtés par la gendarmerie de Landerneau à La Roche-Maurice, le 10 octobre 1942. Ils ne sont pas revenus d'Auschwitz. (La vie à Brest de 1848 à 1948 par J. Foucher et G.M. Thomas)

Les listes de Juifs à arrêter concernaient les quatre départements bretons. La liste adressée au préfet du Finistère comportait 11 noms :

  1. Apolojg Ita, 13.9.1912, Polonaise, Brest, 37 rue Jean Jaurès
  2. Krouto Eugénie, 1.12.1886, Russe réfugiée, Douarnenez, 12 rue Laennec
  3. Krouto Jacob, 19.9.1882, Russe réfugié, Douarnenez, 12 rue Laennec
  4. Le Bris Blima née Menner, 25.9.1920, Polonaise, Brest, 41 rue Jean Macé
  5. Menner Adolphe, 3.2.1894, Polonais, Brest, 41 rue Jean Macé
  6. Menner Rosa née Bremberger, 1.1.1892, Polonaise, Brest 41 rue Jean Macé
  7. Perper Ihil, 28.12.1908, Roumain, Pleyben, au bourg
  8. Segaller Benjamin, 22.1.1882, Roumain, Plouenan, Kerlevenien Vian
  9. Selinger David, 28.10.1893, Polonais, Morlaix, 4 rue Gambetta
  10. Sternlicht Rebecca née Mazliah, 14.4.1897, Polonaise, Huelgoat au bourg
  11. Fried Ella née Hirschfeld, 1.1.1889, Allemande, Beuzec-Conq

Famille Mener - Adolphe, 48 ans, né le 13/2/1894 à Prystak (Pologne) et son épouse Rosa, 50 ans, née Bromberger le 1/1/1892 à Pryzthowice (Pologne), résidaient à La Roche-Maurice. Arrêtés parce que Juifs, ils sont déportés sans retour par le convoi n° 40 de Drancy vers Auschwitz le 4/11/1942. (source http://www.ajpn.org/commune-La-Roche-Maurice-29237.html)   

 

La brigade de gendarmerie de Landerneau fut avisée, par téléphone, le 9 octobre [1942], à 18 heures, qu'il lui incombait de procéder à l'arrestation de la famille Menner. Les parents et leur fille, Blima Le Bris, avaient quitté leur domicile brestois pour se réfugier à La Roche Maurice. Les gendarmes exécutèrent cet ordre, le lendemain à 5h25. La soirée et la nuit pour prévenir leurs victimes, aucun n'y songea ou ne le voulut. La mission s'avéra plus mouvementée que prévu :

« Après nous être assurés que l'ordre dont nous étions porteurs s'appliquait bien à elle [Madame Blima Le Bris], nous l'avons invitée à préparer ses bagages [...]. Nous nous sommes en outre présentés au domicile des parents de Mme Le Bris qui logent dans une chambre voisine.
Mme Le Bris a profité de ce laps de temps pour prendre la fuite, avec son mari, dans le bois du Pontois [...]. En raison de l'obscurité nous n'avons pu la rejoindre. Nous conduisons M. et Mme Menner à notre caserne à Landerneau. À 8 heures, continuant nos recherches au bois de Pontois, nous découvrons M. Le Bris dissimulé sous des branches d'arbres [...] Cet homme nous déclare que sa femme avait pris le train de 7h34 à la gare de La Roche-Maurice pour se rendre à Brest chez ses beaux-parents, au 41 rue Jean Macé. » Bien entendu le renseignement était faux, permettant à la fugitive de gagner une retraite sûre : « Le Bris Blima, née Menner (1920) n'a pas été découverte à Brest, elle est recherchée. »

À Paris, où il s'était finalement réfugié, le couple Le Bris échappa, en 1943, à une seconde tentative d'arrestation. Cette information est mentionnée, en décembre 1944, dans un rapport des RG au sous-préfet de Brest appelé à émettre son avis quant à la demande de naturalisation présentée par Blima Le Bris. La conclusion de l'enquête de police est tout à fait favorable, mais la raison invoquée, quelques mois après la Libération, pour lui reconnaître la citoyenneté française, est assez troublante : « Rien ne s'oppose à ce qu'elle puisse acquérir la nationalité française. Elle a d'ailleurs renoncé à la religion juive et s'est faite catholique. »

Très contrariante, toutefois, la fuite de cette jeune femme de La Roche-Maurice, Blima Le Bris. Sans elle, compte tenu que Jacob Krouto était déjà détenu et que Ita Apolojg avait quitté Brest, avec ses deux filles, depuis le mois de juillet, le succès de l'opération eût été total, illustrant à merveille le souhait de Pierre Laval, d'une collaboration étroite entre les polices française et allemande. (source Toczé & Lambert)

La stèle de fusillés :

Ce sobre monument qui s'harmonise à merveille avec le cadre naturel qui l'entoure, est dû au ciseau de M. Mazé, marbrier à La Roche. Sur la stèle sont reproduits de haut en bas, une croix de Lorraine, avec dans les coins les initiale H. P. (Honneur et Patrie), la dédicace "Aux victimes de la barbarie nazie" et le nom des victimes.

Roger Bras, historien de La Roche-Maurice, nous rapporte les événements suivants (extrait) :

"Après le débarquement du 6 juin 1944, les Allemands aux abois se replient vers l'est. La rage au coeur, les nazis multiplient alors les massacres.

Harcelés par le réseau "O.R.A." (Organisation de Résistance Armée - F.F.I et F.T.P. fusionnés dans l'O.R.A.) du lieutenant Noyon de Douarnenez, des soldats d'une division de parachutistes allemands, appartenant au corps d'armée commandée par le général Ramke, capture le 25 juillet 1944, une douzaine de résistants commandés par l'aspirant Thomas Le Moan de Ploare.

Plus tard, le sergent Herwin Fritz se vanta publiquement d'avoir puni des "terroristes" dans la nuit du 30 au 1er août 1944. Renseignés par un soldat allemand de la Wehrmacht, des Rochois découvrirent les corps après le départ des parachutistes allemands le 10 août 1944. Ainsi, périrent victimes de la barbarie nazie :

  1. LE MOAN Thomas - Aspirant F.F.I. né le 17.10.1914 à Ploaré, 30 ans.
  2. BOULIC Joseph - Sergent F.F.I. né le 19.03.1922 à Kerlaz, 22 ans.
  3. BROUQUEL Joseph, né le 21.12.1918 à Kerlaz, 26 ans.
  4. STRULLU Alain, né le 16.07.1916 à Kerlaz, 28 ans.
  5. GUEGUEN Henri, né le 16.02.1915 à Ploaré, 29 ans.
  6. LUCAS Pierre, né le 29.05.1925 à Ploaré, 19 ans.

En plus, de ces 6 résistants, Jean-François Queau, ouvrier agricole, fut fusillé pour n'avoir pas voulu céder son attelage. Il était natif de Pleyber-Christ". Son nom sera rajouté plus tard sur la stèle.

* * *

Le monument a été inauguré le 7/4/1948, en présence de diverses délégations représentant les organisations d'anciens résistants ; du maire de La Roche, M. Coat ; du recteur de La Roche, M. Cam et de nombreuses autres personnalités finistériennes. Le lieutenant Noyon, chef du maquis de Douarnenez, citera les patriotes inscrits sur le monument à l'ordre de la brigade et sur la poitrine de leurs parents, alignés devant la stèle, le capitaine Lambert épinglera la croix de guerre.

Voici en complément, rapporté par Roger Bras, le témoignage de Joseph Abiven,
agriculteur et propriétaire du Pontois, qui a transporté les corps de six suppliciés au cimetière communal.

Résistants du bois du Pontois

J'ai été témoin de ces faits. Fin juillet 1944, un soldat allemand nous avait annoncé qu'il y avait un « cimetière de terroristes » dans le bois du Pontois.

Sitôt leur repli sur Brest début août, nous avons fouillé : les Allemands avaient creusé une vingtaine de casemates toutes recouvertes de troncs d'arbres ; cependant, une casemate avait été remblayée. Là se trouvaient les corps des 6 patriotes, 3 de la commune de Kerlaz, 3 de celle de Ploare, près de Douarnenez, empilés les uns sur les autres à l'endroit même où a été édifiée la stèle.

Ils étaient en tenue de travail (bleu de chauffe). La date de leur décès, 31 juillet, est je pense approximative. Ont-ils été tués au Pontois ? Certains Rochois les ont, paraît-il, entendu crier.

L'exhumation a eu lieu 6 à 7 jours après leur décès. Je les ai transportés en charrette à cheval, enveloppés dans des bâches de camions, au cimetière pour une sépulture provisoire, près du monument aux morts. La population Rochoise était rassemblée au bourg pour accueillir les dépouilles, tandis que flottait sur le vieux château le drapeau tricolore.

Les journaux ayant cessé de paraître au moment de la débâcle allemande, il a fallu attendre leur réapparition quelques jours plus tard afin d'y faire paraître un communiqué invitant les familles à venir reconnaître les corps. Des morceaux de vêtements ayant été prélevés sur chacun, nous n'avons décelé aucune mutilation sur les corps, pas d'oeil arraché ni de trace de balles. Par contre, tous avaient les mains liées derrière le dos avec des fils de fer.

Ils appartenaient tous les 6 à un réseau de résistance ; l'un d'entre eux avait, paraît-il, lier amitié avec un Alsacien mobilisé dans la Wermacht. Celui-ci les dénonça ; ils étaient tous porteurs d'un demi billets de 5 francs (preuve de leur appartenance aux réseaux).

Deux mois après le départ de la troupe allemande, une personne âgée, ramassant du bois mort au bois du Pontois, eut la désagréable surprise de découvrir, dans une tranchée, un 7e cadavre. Celui-ci, un ouvrier agricole de Pleyber-Christ, âgé de 62 ans, avait été réquisitionné avec son attelage pour replier la troupe sur Brest. Ce dernier a été abattu d'une balle dans la tête.

Je rappelle qu'au bois du Pontois, ces atrocités ont été commises, là où la Kriegsmarine avait édifié des baraquements qui, en ce temps, hébergeaient une partie des marins allemands, des cuirassés basés quelque temps à Brest.

Joseph ABIVEN

Articles de presse

Bois du Pontois. Histoire et trésors du manoir, le 9/6/2017 (Télégramme du 13/6)

 Vendredi, Christiane Abiven ouvrait les portes du manoir familial. La visite regorgeait d'histoires, notamment liée à l'occupation des Allemands, et d'anecdotes. Visite guidée à travers les siècles.

Vendredi, Christiane et son frère Jean-Paul Abiven ont fait visiter le manoir que leur arrière-grand-père avait acheté en 1913 et dans lequel ils sont nés. Le corps du logis a été construit au XVe siècle, ses ailes seraient de 1770. Les dépendances en schiste (écurie, étable, porcherie) ont été rénovées en 1990. Cette superbe bâtisse, au bord de la « Vieille route » qui mène à Landerneau, est en rénovation, attaquée par le mérule. Les travaux de restauration ont mis à jour un four à pain, dans un des murs.
Le château pendant la guerre Pendant la guerre, les Allemands ont occupé le château, devenu « bâtiment de guerre ». Le parc de 20 ha leur a permis de construire 20 baraques sur pilotis de 300 m² à la place de l'actuel sentier pédestre. « Il y avait plus de monde (700 à 800 personnes) dans le bois que dans la commune !, commente Christiane. Les bêtes étaient réquisitionnées, ainsi que les Rochoises, pour assurer les repas ». Joseph Abiven, son père, disait « que certaines avaient collaboré sentimentalement ».
La stèle de martyres Une stèle de martyres a été érigée pour rendre hommage à six jeunes résistants « victimes de la barbarie allemande », un 31 juillet 1944. Un ouvrier agricole de Pleyber-Christ de 62 ans repose également ici. Son attelage avait été réquisitionné et on ignore pourquoi il fut fusillé.
La chapelle À 100 m du manoir, se dressent les ruines d'une chapelle dédiée certainement au sieur Guillaume du Pontois. En 1941, les Allemands ont démoli la toiture pour y installer un mirador et surveiller la rade de Brest. On aperçoit deux grottes dans la roche : celle de Lourdes dédiée à la Vierge et l'autre dédiée à Sainte-Hélène. Sur des cartes postales, on aperçoit la Vierge et une belle sculpture de Sainte-Hélène, aujourd'hui disparue.
Julot, l'homme des bois Christiane fait découvrir la « cuisine » (pierre en surplomb, qui lui permettait de cuire sa viande) et plus loin « sa chambre », simple couche à l'abri. « Italien, Julot, surnommé " l'Homme des Bois ", était arrivé dans les années cinquante. Il vécut douze ans dans ce parc, même durant l'hiver 54, fort rigoureux. Féru de champignons, c'était sa source de revenus. » Marie-Louise et Christiane se souviennent de ce « géant très mince » qui leur faisait un peu peur... et « mangeaient des serpents ».
Trésors du patrimoine Cette promenade a permis aux Rochois de découvrir des trésors insoupçonnés du patrimoine mais aussi des arbres magnifiques voire « remarquables », dont le magnifique platane que Joseph Abiven admirait. Jean-Paul raconte que leur père avait abattu l'arbre le plus ancien. Son tronc faisait 1,23 m de diamètre ! Le Conservatoire botanique est venu admirer une fougère très rare et protégée (qui ressemble à de la mousse). Par temps sec, elle disparaît. Et Christiane avait bien révisé ses notes pour citer son nom : hyménophylle de Tunbridge. Claire Domergue.

La Roche-Maurice - Grande kermesse (La Dépêche de Brest du 25/8/1942)

Une grande kermesse, au profit des prisonniers de guerre de la commune, aura lieu le dimanche 30 août, dans le beau cadre du bois du Pontois. Au programme : nombreuses loteries et tombolas dotées de lots importants : bicyclette, brouette, tissus pour manteaux, fauteuil rustique, lots d'épicerie, poupée bretonne.
Fête sportive. Attractions diverses. Théâtre de verdure : "La paix chez soi", comédie en un acte de Courteline, interprétée pat Mme et M. G. de Silguy ; chants et ballets bretons ; audition d'un remarquable trio de cors de chasse.
Buvettes, buffet, crêperies, comptoirs de pâtisserie fine, café-chocolat, fleurs et fruits, beurre et fromage, comptoir spécial de beaux lots qui seront vendus aux enchères.
L'ouverture de la kermesse se fera à 10 h. Les personnes qui désireront déjeuner au bois du Pontois sont assurées que le comité a fait le nécessaire pour leur donner satisfaction.
A 19 heures : souper froid, orchestre. A 20 heures : tirage de la grande tombola. Tables de bridge.

- Sources des informations

ADB = Archives Départementales du Finistère à Brest
ADQ = Archives Départementales du Finistère à Quimper


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 André Croguennec - Page créée le 16/3/2019, mise à jour le 17/2/2020.

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