blason de La Roche

L'ossuaire de La Roche

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L'église Saint-Yves, autres chapitres :
- Construction et entretien
- Le jubé et autres boiseries
- Le vitrail
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- Autres éléments de patrimoine
- Oeuvres d'artistes

Vue d'ensemble extérieure

A une époque où l'enterrement des défunts se faisait dans l'église, et ceci jusqu'au milieu du 18è siècle, l'ossuaire était une nécessité imposée par l'exiguité du lieu de sépulture. Le transfert des ossements de l'église à l'ossuaire était la seule solution apportée à l'encombrement. Il est probable que comme ailleurs, ce transfert était, entre autres tâches, une des charges du sacristain qui faisait là office de fossoyeur. L'exhumation était pratiquée régulièrement, peut-être tous les six ou sept ans, et les ossements recueillis empilés dans l'ossuaire.

Jacques Freal dans Calvaires et enclos paroissiaux de Bretagne, a inventorié plusieurs types d'ossuaires dans le Léon et ailleurs :

  1. La forme architecturale la plus élémentaire est un épaississement local de la clôture de l'enclos dans lequel quelques arcatures aménagées en niches abritent des ossements ou de petites chasses.
  2. Le "reliquaire d'attache" : c'est une petite construction adossée au mur de l'église, le plus souvent au sud le long de la nef ou de son bas-côté. Pour toute ouverture il dispose de la claire-voie d'une ou de deux de ses parois, à arcatures ou colonnades, par laquelle on déposait de l'extérieur les ossements, le constructeur ayant pris soin de ménager dans la structure de l'édifice quelques points forts auxquels intégrer les bénitiers indispensables au rituel.
    Bien qu'adossé à l'église le reliquaire d'attache appartenait au cimetière, l'absence de communication entre les deux constructions le prouve.
  3. Dès la fin du 15è siècle, les paroisses aisées dotent le mur ouest de leur enclos d'un petit bâtiment rectangulaire à toit à deux pans, percé sur le mur du cimetière de baies béantes ou d'arcatures, à l'exclusion de toute autre ouverture.
  4. Déjà en plein 16è siècle, les composantes de l'ossuaire indépendant sont arrêtées. Il sera doté de porte. Le mur de l'ossuaire intégré à la clôture de l'enclos restera aveugle. La longue façade sur le cimetière concentrera d'abord toutes les recherches décoratives qui gagneront ensuite les deux pignons.

L'ossuaire de La Roche appartient donc à la dernière catégorie. Mais sa construction en 1640, postérieure donc à l'église qui fut bâtie au siècle précédent, peut laisser supposer un ossuaire antérieur plus élémentaire.

On notera que celui de Pont-Christ est un ossuaire d'attache.

 

Le pignon sud est fait de plaques locales de schiste et de pierre jaune de Logonna. Sa porte
est entourée de pilastres, alors que la porte de la façade est bordée de colonnes corinthiennes.

Ci-dessus un dessin de la façade par Lionel Heuzé, architecte, fait en 1899.
Pour voir des détails techniques d'architecture, cliquer sur le petit livre vert

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Typique de l'art funéraire de la région, c'est l'édifice le plus parfait de l'atelier de l'Elorn. Il est de plan rectangulaire. La façade est d'une ordonnance classique. A l'étage inférieur, les baies sont séparées par des colonnes corinthiennes cannelées qui reposent sur un stylobate décoré de panneaux semblables à ceux de Ploudiry. Les colonnes supportent un entablement bien marqué avec corniche sur laquelle s'appuient les niches à coquille du second étage ou attique, séparées par des pilastres.

Des textes en latin sont gravés sous les frontons :

Quelques descriptions anciennes :

1 Ces tourelles carrées sont, bien sûr, présentes dans les quatre angles.

2 Ces "dômes" ou "lanternons", cités dans les descriptions ci-contre et présents dans le dessin de Lionel Heuzé, plus haut, n'existent plus aujourd'hui (voir photos récentes).

Mais en regardant d'autres dessins anciens (voir ici), on a l'impression que ces particularités architecturales n'ont pas été permanentes. Sur le dessin de Mayer en 1844, elles n'existaient pas. Puis, elles sont apparues et ont disparu ! Etonnant, non !

"Sa façade est d'une remarquable élégance. Elle se compose de deux étages décorés chacun de dix fenêtres cintrées ; celles de l'étage inférieur sont seules percées, les autres sont de simples niches. Toutes sont séparées par les colonnes corinthiennes. La porte est également flanquées de deux colonnes de plus grandes dimensions, elle est en outre surmontée d'un fronton. Les deux angles 1 de l'édifice sont relevés par deux tourelles carrées à trois étages et terminées par un dôme 2. Des bas-reliefs sculptés ornent les dix compartiments du soubassement. Ce sont diverses scènes appropriées à la destination de la chapelle : la mort, une lance à la main, saisit et entraîne ici un évêque, là un seigneur, ailleurs un mendiant. L'ensemble de ce luxueux pavillon est loin d'ailleurs d'éveiller dans l'esprit aucune idée funèbre.

Le Magasin Pittoresque de mai 1881, avec un dessin d'Albert Tissandier.

"Aux angles de la façade se dressent deux contre-forts, formés de plusieurs dés superposés, artistiquement travaillés et terminés par un lanternon en guise d'amortissement. ... Le toit est en bâtière, couvert d'ardoises ; les rampants des pignons sont garnis de crochets, cinq de chaque côté ; le pignon nord est couronné d'un gracieux fleuron, le pignon sud d'un élégant petit campanile.

La Dépêche de Brest du 25/12/1890.

 

Le soubassement

Sur le soubassement de l'ossuaire, on voit dans dix compartiments carrés, cinq de chaque côté de la porte d'entrée, des figures sculptées qui doivent nous rappeler que tous les humains sont égaux devant la mort.

1. Le Paysan (sa bêche sur l'épaule)

La première de ces figures, en commençant par le côté gauche, représente un laboureur coiffé d'un bonnet plat, d'où s'échappe la longue chevelure d'un paysan breton; il tient une bêche sur son épaule.

A la tête de toutes ces figures, du côté gauche de la façade, est un bénitier surmonté de celle de la mort, représentée selon l'usage, sous la forme d'un squelette tenant un dard dans ses deux mains et paraissant prononcer l'arrêt final, qu'on lit en bas : Je vous tue tous.

Le bénitier servait au rituel de transfert des ossements de l'église (ou du cimetière, plus tard) à l'ossuaire. On imagine l'effet que pouvait produire sur les fidèles la vue de toutes ces figures, dont le prêtre se servait certainement pour illustrer son prêche culpabilisateur.

 

 L'Ankou et son dard

Toutes ces figures, comme on le voit, représentent les principaux états de la société humaine : il y a un pape, un magistrat, un docteur-médecin, un marchand, un laboureur, un mendiant, une dame, etc., tous également soumis aux lois immuables du trépas. Tel est le sens de cette allégorie, que nous avons vue sculptée à peu près de même sur quelques autres reliquaires, ou même simplement sur les murs de différents cimetières.

2. La Femme (tenant une fleur)

La seconde est une dame dans les grands atours de l'époque, le collet monté, le corps de jupe bien serré, des manches bouffantes et la robe à vertugadin. Elle a les mains couvertes de gants et tient dans la gauche un bouquet de fleurs.

  3. Le Juge ou Docteur en droit

La troisième figure est celle d'un juge en robe et bonnet carré ; il porte les moustaches relevées et la petite barbe pointue que l'on avait sous le règne de Louis XIII ; il tient en main un rouleau de papiers.

  4. Le Miroir (panneau vide)

Comme le suggère l'APEVE, devant cette figure manquante, "notre désir est grand de combler le vide. II suffit, au matin du jour, de laisser le soleil y projeter son ombre. Nous trouvons alors en bonne compagnie entre le savant docteur et le pape avec sa tiare."
 

5. Le Pape

La cinquième figure représente un pape, la tiare en tête, tenant d'une main la triple croix papale, et ayant l'autre élevée comme pour donner la bénédiction.
 

  6. La Mort

Le premier compartiment, au côté droit du portique, est rempli par une tête de mort qui surmonte deux os en sautoir.

  7. Le Pauvre (le Mendiant infirme)

Dans le second est figuré un mendiant tenant en main son chapeau et son bâton ; il a la tête chauve et inclinée dans une attitude suppliante.

8. Le Prêtre (ou docteur en théologie)

Dans le troisième, on voit un docteur avec sa robe à rochet ; il est coiffé d'un bonnet carré et tient à sa main doite un papier roulé.

  9. Le Riche (marchand)

Dans le quatrième compartiment, on a représenté un marchand, coiffé d'une toque ou bonnet plat, et ayant à son côté gauche une grosse bourse ou escarcelle dans laquelle il plonge la main.

  10. Entrelacs

Le cinquième enfin n'est orné que d'une espèce de rosace.

L'intérieur

Il serait difficile de proposer une description de l'intérieur de l'édifice quand il était utilisé dans sa fonction première. En effet, il est devenu chapelle dès 1781.

Le Télégramme du 18/1/1977 : "Récemment électrifié, l'ossuaire est aménagé, nettoyé et reprend son titre de chapelle Sainte-Anne". L'article rappelle la fonction de l'ossuaire à l'origine, mais indique son changement d'affection en 1781 : Chapelle depuis 1781. Avec le temps, l'ossuaire devint une véritable chapelle meublée d'un autel ... Elle prit le nom de "chapelle Sainte-Anne" dès 1781. On y célébrait le pardon de sainte Anne, on y faisait le catéchisme. Plusieurs recteurs avaient l'intention d'y célébrer le culte régulièrement. Cela resta à l'état de projet faute de chaleur et de lumière. La beauté de cette chapelle est incontestable. Son plafond en forme de voûte en berceau, les sablières, les poutres, sont une réplique de l'église. Désormais, l'éclairage intérieur et extérieur remet en valeur toutes ces lignes artistiques et une douce chaleur permettra aux fidèles de participer à la messe en semaine. Pendant la saison touristique, elle pourrait devenir une salle d'exposition.

Le Télégramme du 12/12/1958 : ... suivons M. A. Delorme dans la visite de cet édifice et empruntons-lui ces lignes : "La nef n'est éclairée que par le bas : il y a là une intention symbolique facile à saisir quand on y pénètre. Au fond, l'autel se trouve illuminé par la grande verrière ; en avant le sol seul est éclairé, tandis que la voûte supérieure semble se perdre dans les ténèbres. Il en naît une impression funèbre, que devait accroître encore le spectacle de tous les ossements autrefois accumulés dans cette crypte. C'est bien là le temple de la mort ; elle y règne sans partage, tout y respire sa puissance et montre la vanité des choses humaines !" (Bulletin de la société académique de Brest).

Aujourd'hui, quelques photos : coffre et cloche

ossuaire de La Roche

L'autel est placé devant la verrière ouverte dans le pignon nord. Son tabernacle aurait été réalisé à partir d'une "niche de saint" provenant de Pont-Christ, d'après mon informateur de Creac'h-Miloc'h.      flèche

Devant l'autel, une cloche. C'est la cloche de l'église de Pont-christ et, entre la cloche et l'autel, un vieux coffre à trois serrures de la fabrique de La Roche.

ossuaire de La Roche

Le commentaire, qui est inscrit sur la fiche blanche, le présente ainsi :
Coffre à trois serrures - 1706. Dans les communes rurales bretonnes la paroisse était à la fois : unité religieuse, administrative et financière. Elle était dirigée par le recteur et une assemblée représentant l'ensemble des habitants. Les élus étaient appelés "Fabriciens" ou "Marguilliers". Leur rôle était de gérer les biens de la paroisse provenant d'offrandes en argent ou en nature. Son enrichissement était lié à la prospérité du pays et de ses habitants. Ce coffre servait de coffre-fort au conseil de fabrique de la paroisse de La Roche-Maurice".


Pierre tombale

Près de la petite porte du pignon sud, il existe une vieille pierre tombale qui, par le graphisme de son inscription, semble dater des temps immémoriaux.

"CY GIT CORPS REPOSE ISAbL AUTRET
AGE 33 MORT LE 1 MARS 1812
REQUISESCANT IN PACE AMEN"

Oui, Isabelle Autret est bien décédée le 1er mars 1812. La pierre n'est donc pas très très ancienne. Voici le résumé de l'acte de décès de la défunte : "01/03/1812 - La Roche-Maurice (Bourg) AUTRET Isabelle, âgée de 33 ans, née à La Roche Maurice. Père : François Mère : Françoise SALAUN Conjoint : Jacques LE MENN Témoins : Son époux 44 ans, Germain KERGOAT 48 ans".


La Piéta

La Piéta (statue représentant la Vierge tenant sur ses genoux le corps du Christ mort), qui se trouvait sur le socle supportant le calvaire central, au-dessus de l'échalier d'entrée de l'enclos, a été placée dans l'ossuaire.

 
 Des zooms sur des représentations anciennes montrent la Pieta dans son emplacement d'origine : sur un dessin de Yvonne Jean-Haffen, daté approximativement des années 1930-1940, et plus bas sur une carte postale de 1920-1930.

Transfert des ossements

Extrait de A travers la Bretagne, La Roche-Maurice, II - L'ossuaire par Henry Urscheller - 1890

... C'est l'exiguïté des cimetières de campagne jointe au désir, fort naturel et profondément ancré dans le coeur des bretons, d'honorer les restes mortels de ceux qui leur furent chers, qui donna naissance à ces édicules que l'on remarque si souvent auprès des églises de Bretagne. Quand autrefois le paysan breton ambitionnait, comme consolation suprême, d'être enterré à l'ombre de son clocher (e disheol iliz va farrez), il ne se servait nullement d'une métaphore ; car les cimetières des paroisses rurales, campés autour des églises, ne s'étendaient guère dans un rayon supérieur à la hauteur du clocher. Telle était souvent l'exiguïté de ces champs de repos que c'est à peine si l'on pouvait laisser aux cadavres le temps de se désagréger et, tout comme s'il s'agissait d'une place enviable et recherchée, de nouveaux venus ne tardaient pas à pousser du coude les premiers occupants et à leur dire, sur un ton qui n'admettait pas de réplique, l'éternel "Ote-toi de là pour que je m'y mette".

Cette expropriation forcée pour cause d'utilité publique donnait lieu à des cérémonies émouvantes empreintes d'une poésie lugubre.

Quand il ne restait plus qu'un petit nombre de places disponibles, le recteur de la paroisse annonçait au prône que le moment était venu de retourner au plus tôt une partie du cimetière et invitait les hommes de bonne volonté à aider, dans cette pieuse besogne, le fossoyeur du lieu. Dès le lendemain, de nombreux travailleurs se mettaient à l'oeuvre et remuaient le sol en présence de représentants de chaque famille silencieusement groupés autour de leurs tombes respectives. Aussitôt qu'un cadavre était mis à nu, les parents du défunt recueillaient scrupuleusement son crâne et le plaçaient dans une petite châsse en bois peint, ayant la forme d'une maisonnette surmontée d'une croix et portant à sa partie antérieure une ouverture en forme de coeur. Quand au reste des ossements, on en faisait deux parts : d'un côté l'on entassait tous les os longs, humérus ou fémurs, en bon état de conservation, qui étaient réservés pour garnir l'intérieur de l'ossuaire ; de l'autre côté, tous les menus os, ainsi que les crânes de ceux qui, n'étant réclamés par personne, étaient condamnés à continuer leur oeuvre de décomposition au fond d'une fosse commune.

Le dimanche suivant avait lieu le Jubilé des Morts. A l'issue des vêpres, le curé de la paroisse, revêtu de son surplis, de son étole et de sa chape, sortait de l'église, précédé du bedeau et de ses enfants de choeur et suivi de toute la masse des fidèles, et se rendait processionnelement vers les deux monceaux d'ossements entassés au pied de la croix. Là, il aspergeait d'eau bénite tous ces débris humains, et, après avoir, d'une voix temblante, entonné le De profundis que ses chantres achevaient au milieu des sanglots de toute l'assistance, il se penchait vers les ossements destinés à la fosse commune, prenait au hasard un de ces crânes anonymes, puis se mettait en marche. A ce signal, chaque fidèle, homme, femme ou enfant, s'emparait d'un fragment de squelette et emboîtait le pas du recteur. Ainsi, la procession faisait le tour du cimetière au son du glas funèbre et des chants liturgiques, entrecoupés de gémissements de la foule.

Arrivé sur le bord de la fosse commune, le prêtre quittait sa chape, et, se retournant vers l'assistance en pleurs, il la conviait à méditer avec lui les fins dernières de l'homme. Point n'était besoin que son sermon fût bien alambiqué pour aller droit au coeur de ses paroissiens, qui, tous en ce moment, tenaient, entre leurs doigts crispés, une preuve irrécusable de notre néant. Et, lorsqu'après avoir fait passer ses auditeurs par les impressions les plus vives et les plus diverses en leur retraçant tour à tour les souffrances de l'enfer et les joies du paradis, le pieux prédicateur élevait soudain, en manière de péroraison, ce crâne désséché au-dessus de la foule attendrie, et, l'apostrophant avec véhémence, lui demandait si, de son vivant, il avait appartenu à un élu du Seigneur ou bien à un réprouvé, des cris déchirants s'échappaient de toutes les poitrines.

Cette brusque apostrophe était suivie d'une longue pause durant laquelle chacun faisait un retour sur lui-même ; puis le prêtre, ouvrant les mains, laissait tomber cette tête muette qu'il avait vainement interrogée et, après avoir jeté sur elle quelques gouttes d'eau bénite et une pelletée de terre, il s'éloignait en priant ; aussitôt tous les fidèles de défiler devant le gouffre béant et de lui jeter en pâture les fragments d'os dont ils étaient porteurs. Quelques instants après, la foule émue s'écoulait dans un pieux recueillement et bientôt le silence du cimetière n'était plus troublé que par les coups de pelle du fossoyeur et de ses aides ou par le va et vient de quelques personnes dévotes occupées soit à installer les petites châsses sur les tablettes de l'ossuaire, soit à ranger symétriquement les humérus ou les fémurs le long des parois intérieures de l'édifice.

Il n'y a pas cinquante ans, l'on voyait encore à toutes les saillies de l'ossuaire, tant dans les niches qu'à l'embrasure des fenêtres et sur le stylobate, voire même sur la corniche des confessionnaux, quantités de ces petites maisonnettes avec leur lucarne en forme de coeur, derrière laquelle des crânes désséchés, étalant leur facies grimaçant, prêchaient dans un langage compris de tous le néant de la vie humaine. C'est devant ces têtes de leurs parents ou de leurs amis morts depuis peu d'années seulement (chaque boîte portait, en ces termes, le nom du défunt et la date de sa mort : "Ci-gît le chef de X., décédé le...") que les fidèles venaient faire leur examen de conscience avant de se présenter au tribunal de la pénitence. C'était même, paraît-il, un honneur très recherché par les familles de fournir un des leurs pour cette prédication muette, convaincues qu'elles étaient que l'âme du défunt directement associé à la conversion des pécheurs recueillerait, sous une forme ou sous une autre, le bénéfice de cette bonne oeuvre posthume.

Aujourd'hui, l'ossuaire de La Roche-Maurice est converti en simple chapelle où le recteur donne l'instruction religieuse aux enfants de la paroisse. H. Urscheller, dans La Dépêche de Brest du 25/12/1890


Visiblement Henry Urscheller s'est servi d'un texte qui avait été publié dans "La Bretagne Contemporaine" en 1867 par Pol Potier de Courcy.

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Pol Potier de Courcy (26 janvier 1815 à Landerneau - 29 avril 1891 à Saint-Pol-de-Léon) a écrit dans La Bretagne Contemporaine publiée en 1867 par Henri Charpentier à Nantes. Cet ouvrage est consacré aux dessins de Félix Benoist, parmi lesquels on trouve ceux bien connus de Pont-Christ et de La Roche. Pol Potier de Courcy décrit les rites du jubilé des Morts le jour de la Fête des morts en 1865 :

« À La Roche-Maurice, le jour du jubilé des Morts, une immense affluence se presse dans l'église, puis se rue aux abords du reliquaire, bientôt dévasté : alors commence une scène d'une étrange et lugubre poésie. Chaque fidèle s'empare d'un fragment de squelette ; hommes et femmes, vieillards et jeunes filles, joignent sur les ossements leurs mains crispées et suivent à pas lents le recteur, qui tient lui-même dans ses mains une tête de mort. Ainsi la procession fait le tour du cimetière, au son du glas et des chants funèbres entrecoupés par les gémissements de la multitude.

Rendu sur le bord de la fosse, le recteur se retourne, élève, sur la foule attendrie, la tête désséchée, et, l'apostrophant avec véhémence, il lui demande ce qu'elle a été pendant sa vie, la tête d'un élu ou la tête d'un réprouvé ? Il développe avec force cet effrayant dilemme, et décrivant altenativement les tourments de l'enfer et les joies du paradis, il fait passer son auditoire par les impressions les plus vives et les plus diverses. En terminant son allocution, accueillie par des redoublements de sanglots, il laisse tomber cette tête muette qu'il a vainement interrogée : à ce moment, l'émotion générale est parvenue à son paroxysme ; ce n'est plus avec des soupirs et des larmes, c'est en poussant des cris à fendre la pierre que tous les assistants s'avancent sur le bord de la fosse béante et lui jettent sa pâture d'ossements. Bientôt tout s'apaise, les fidèles se dispersent, et le silence du cimetière n'est plus troublé que par les derniers travaux du fossoyeur. »


Pol Potier de Courcy a visiblement emprunté ce passage à son frère Alfred (né le 9 novembre 1816 à Brest - mort le 18 octobre 1888 au château de Bois-Corbon, forêt de Montmorency) qui l'avait écrit dans "Le Breton" in "Les Français peints par eux-mêmes" - L. Curmer, éditeur - 1842.

« Toutefois, il est une cérémonie plus imposante encore, et qui ne reparaît qu'à de plus rares intervalles. Quand on creuse de nouvelles tombes dans la poussière humaine des vieux cimetières, on recueille avec soins les ossements anonymes que rencontre la pioche, et on les entasse dans une sorte de chapelle en forme de tombeau, qui se nomme reliquaire. Mais le reliquaire s'emplit à son tour, et tous les sept ans, les débris qu'il contient sont enfouis à jamais dans une fosse commune, assez profonde pour que leur repos soit désormais inviolable. Lorsqu'arrive le jour de ce jubilé des morts, une immense affluence . . . (lire Pol Potier) . . . par les derniers travaux du fossoyeur. »

D'où la question : ce récit se produisait-il ainsi spécifiquement à La Roche-Maurice ?

Les armes de la Mort


L'Ankou à La Roche

L'Ankou à Ploudiry

L'Ankou tue avec un objet aiguisé, pointu, genre de lance (l'Ankou des drames corniques a aussi cette arme), ou bien il frappe à l'aide d'un bâton, d'un bourdon. Jamais la faux, attestée ailleurs dès le XIVè siècle, n'apparaît dans les textes bretons. Par contre le thème de la Mort attaquant avec un dard, qui remonte à la même époque, est bien attesté, dard ou javelot ou épée.

L'arme pointue :
Les mots utilisés le plus souvent désignent des armes pointues : aiguillon, dard, bout de fer, traits, flèches. . . . Quelques recherches concernant la représentation religieuse de la Mort dans les édifices religieux (généralement du XVIIè siècle), aussi incomplètes qu'elles soient, confirment partiellement nos conclusions. L'Ankou est généralement représenté porteur d'une flèche, d'un dard, d'un javelot ou d'une lance (Landivisiau, Cleden-Poher, La Roche-Maurice, Bulat, Ploudiry, etc...).

La faux est cependant attestée (Braspart, Lannedern et Ploumilliau 1). Seule une étude générale permettait de dire si ces représentations de la faux sont anciennes ou non, si elles sont l'oeuvre d'artistes étrangers ou si ce sont des copies. La seule chose que l'on peut affirmer est l'inexistence de la faux, comme arme de la mort, dans la littérature bretonne jusqu'au XVIIè siècle compris. La faux semble être un emprunt récent.

Le marteau de l'Ankou :
L'ankou, habituellement armé de la lance qu'il plante dans le coeur de l'homme, apparaît quelquefois maniant le bâton, le bourdon et assommant celui qu'il exécute. La lance, ou autre objet pointu, doit êttre d'origine ancienne. Quand au bâton, il est possible que nous ayons là l'arme primitive de l'Ankou. En effet, plusieurs faits semblent prouver que l'Ankou tuait en assommant. . . . Gwennole Le Menn cite ensuite quelques exemples dont le Barzhaz Breizh où l'âme quittant le corps déclare : Klevet a rann toliou morzolig ann Ankou J'entends les coups du petit marteau de la Mort. . . . Ce morzholig-an-ankou apparaît aussi dans le dictionnaire de Le Gonidec. . . .

D'après Gwennole Le Menn La mort dans la littérature bretonne.

1 Le 11 avril 2020, Yves Coativy publiait sur FB, dans ses Petites Brèves de la SAF : "L’Ankou, célèbre serviteur breton de la mort, est une figure incontournable de la culture macabre. Le plus célèbre, celui de Ploumilliau, est équipé d’une faux et d’une bêche. Mais si on y regarde de plus près, il s’avère que ce sont des ajouts du XIXè siècle".

Conclusion - Représentation de la mort en pays de Léon
 La faux n'est pas l'instrument de l'Ankou.Ar falc'h n'eo ket benveg an Ankou.
 Ne nous laissons pas phagocyter par la culture dominante.Arabat deomp bezañ mouget gant sevenadur an alouberien.

 

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 André Croguennec - Page créée le 11/12/2020, mise à jour 8/1/2021.

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