blason de Brezal

Gorrequer

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Gorrequer, ou plutôt "Gorre kêr" en bonne orthographe bretonne, c'est "le haut du village" ou "le haut du bourg".

Ce terme de bourg pour Pont-Christ ne doit pas surprendre. En effet, sous l'ancien régime notre village tout comme La Roche était une trève de Ploudiry, et on le qualifiait souvent de bourg trévial.

Dans le cadastre napoléonien de La Roche-Maurice en 1811, alors que Pont-Christ avait été intégré à la nouvelle commune, la section A, qui s'étend de Kerfaven à La Roche, est appelée "section des deux bourgs".

A la lisière des bois de Gorrequer, au sud, on trouve des curiosités géologiques dans de gros blocs rocheux blanchâtres. Ces blocs appartiennent à une chaîne de chicots de quartzites qui s'étend de Landivisiau jusqu'à Plougastel. Les curiosités sont connues sous les noms de "La roche percée" et "Le trou du bonnet rouge".

I - Sous l'ancien régime

A - Gorrequer, au fief de Kermadec :

Contrairement au bourg de Pont-Christ, qui dépend du fief de Brezal, le terroir de Gorrequer fait partie du fief de Kermadec en Pencran (et de Chef-du-Bois - Kerlorec, aussi en Pencran, dans la mesure les seigneurs de Kersulguen avaient acquis Kermadec au départ de la famille Huon de Kermadec - voir le chapitre sur Pencran).

Cela signifie que pour les biens possédés à Gorrequer, les propriétaires devaient acquitter des droits seigneuriaux aux seigneurs de Pencran notamment en cas de succession (droit de rachat). Michel et Marguerite Symon, devenus propriétaires de leurs héritages à Gorrequer et à Pont-Christ en 1788, durent donc payer des droits à la seigneurie de Kermadec et à celle de Brezal.

 

B - Les habitants de Gorrequer au 18è siècle :

En décortiquant l'intégralité des B.M.S. de Pont-Christ, on peut arriver à inventorier un bon nombre de ménages qui ont résidé à Gorrequer. L'exercice n'est pas facile car les curés de de la trève ont souvent manqué de précision. On voit de nombreux lieux de naissance et de décès clairement nommés "Gorrequer" ou "Le haut de ce bourg trévial" (ce qui est la même chose), mais souvent le lieu est appelé "Bourg de Pont-Christ", ce qui n'est pas faux car "Gorre kêr" est bien le "haut du village ou du bourg". Par chance, une autre naissance ou un autre décès dans la famille sera plus explicite et permettra de clarifier l'ensemble.

La liste, élaborée plus bas, n'est donc pas exhaustive, mais elle nous donne aussi le métier des résidents. A Gorrequer, pas de profession à haut revenu.
Les habitants sont en grande majorité des tisserands qui sont payés à la tâche et qui travaillent pour les "paysans-marchands" de la trève (voir ICI) ou même pour ceux de Landivisiau.
On trouve aussi les métiers de laboureur, de bûcheron et de boisier. Ces deux derniers ne nous étonneront pas du fait de la proximité des bois.

Peu de cultivateurs : même si cette profession trop répandue était souvent non précisée par le curé, dans le cas de Gorrequer, la taille des parcelles ne permettait sûrement pas de grandes grandes cultures (voir le plan cadastral au siècle suivant).

Quelques ménages :

C - Les maisons de Gorrequer au 18è siècle :

Quelques actes notariés nous ont permis de rapporter des descriptions :

Comme on peut le constater, bien que l'échantillon soit limité, il s'agit de très modestes demeures, pas de maison couverte d'ardoises, qu'on pouvait voir à l'époque au bourg de Pont-Christ.

Leur localisation à la fin du 18è devait être assez conforme au plan du cadastre napoléonien de 1811, voir plus bas.

D - Personnes remarquables :

II - Au début du 19è siècle

A - Les propriétaires au début du 19è :

Au moment de l'élaboration du cadastre napoléonien, une partie de Gorrequer appartient encore à un héritier de Marguerite de Kersauson, alias Mlle de Kerdanet, car on voit apparaître le nom de Jean de Kersauson de Plouescat.

Mais d'autres parcelles sont la propriété de paysans de Pont-Christ.

 

Ar foennec51463 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance pré
Parc an tron 126  467 François Rosec de Plouescat T.L.
Parc Teurquen 126 468 François Rosec de Plouescat pré
Ar foennec 113 471 Gm Plantec et consorts du Gorrequer pré
Parc bras 60681Guillaume Herroux et consorts de Gorrequer T.L.
Parc al leur 60 683 Guillaume Herroux et consorts de Gorrequer T.L.
Al leur 60 684 Guillaume Herroux et consorts de Gorrequer Dép.
76 685 Ives K/oullé de Bodilis Mais.
76 686 Ives K/oullé de Bodilis pré
Parc bihan 126 692 François Rosec de Plouescat pré
Ar vaguerez 126 693 François Rosec de Plouescat T
Foennec bras 126 694 François Rosec de Plouescat T.L.
Al liorz 77 696 Jn K/sauson de Plouescat C.
Jardin torquen 51 697 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance C.
Ar jardin 113698Guillaume Plantec et consorts de GorrequerC.
76 699 Ives K/oullé de Bodilis C.
Ar jardin 77 700 Jn K/sauson de Plouescat C.
Jardin an ty 60 701 Guillaume Herroux et consorts de Gorrequer C.
60 702 Guillaume Herroux et consorts de Gorrequer M.
113 703 Guillaume Plantec et consorts de Gorrequer M.
77 704 Jn K/sauson de Plouescat C.
77 705 Jn K/sauson de Plouescat M et D
113 706 Guillaume Plantec et consorts de Gorrequer Dép.
Ar jardin 113 707 Guillaume Plantec et consorts de Gorrequer C.
Ar jardin 77 708 Jn K/sauson de Plouescat C.
20709François Corcu de Pont-ChristL.
20 710 François Corcu de Pont-Christ M.
20 711 François Corcu de Pont-Christ M.
20 712 François Corcu de Pont-Christ Dép.
Ar jardin 20 713 François Corcu de Pont-Christ C.
Ar jardin torquen 51 714 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance C.
Ar jardin 20 715 François Corcu de Pont-Christ C.
Al liorz 20 716 François Corcu de Pont-Christ C.
Al liorz 20 717 François Corcu de Pont-Christ C.
Parc ar vouillen 77 718 Jn K/sauson de Plouescat T.L.
Parc huela 126 790 Ives Rozec de Plouescat T.L.
Parc al leur 126 791 Ives Rozec de Plouescat T.L.
Parc huela 126 792 Ives Rozec de Plouescat T.L.
Liorz Parc huela 126 793 Ives Rozec de Plouescat C.
126 794 Ives Rozec de Plouescat Dép.
126 795 Ives Rozec de Plouescat M et D
Ar verger 126 796 Ives Rozec de Plouescat C.
Ar verger 51 797 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance Verger
51 798 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance M.
Ar Goarem 51 799 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance L.
Parc bihan 51 800 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance T.
Parc bihan 51 801 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance C.
Parc bras 51 802 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance T.L.
Parc bras 51 803 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance T.
Parc pella 51 804 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance T.L.
Parc pella 51 805 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance T.
Parc ar c'hoat 51 806 Laurent Goavec et consorts de Recouvrance T.
Goarem Roch ven  126 819 Ives Rozec de Plouescat L.
Goarem Roch ven 60 820 Gm Heroux et crs de Gorrequer L.
Menez 63 821 Hervé Le Hir et crs pour command L.
Cadastre napoléonien 1811

Plan du cadastre de 1811. Cliquer sur le petit livre vert pour voir une synthèse des matrices

Cadastre de La Roche - table propriétés bâties et non bâties 1823-1914 (ADB 592 E DEPOT 16)
DescriptionCause augmentation ou diminutionPropriétaireAnnée
68A711MaisonDiminution notée en 1882, diminution en 1879Charles Le Bos1882
Cadastre de La Roche - table propriétaires fonciers 1813-1914 (ADQ 3 P 239/3)
DescriptionCause augmentation ou diminutionPropriétaireAnnée
5A486Maison au Frout (à l'est) Construction nouvelle terminée en 1818, imposée en 1881Guillaume Le Roux 1881
68 A806PavillonConstruction nouvelle terminée en 1868, imposée en 1881Charles Le Bos1881
68A711MaisonAugmentation de construction terminée en 1879, imposée en 1882 Charles Le Bos1881
68A731MaisonDémolition en 1878 Charles Le Bos1881
68A748MaisonBâtiment rural en 1865Charles Le Bos1881
68A806MaisonDémolition en 1870 Charles Le Bos1881
68A745?MaisonBâtiment rural en 1860 Charles Le Bos1881
68A703 MaisonDémolition en 1865Charles Le Bos1881
68A710 MaisonDémolition en 1865Charles Le Bos1881
5A500bis MaisonBâtiment rural en 1882 Guillaume Le Roux1882
Propriétaires
68A696CourtilAl liorz3 propriétaires successifs :
- Jean Kersauson à Plouescat
- Victor Grandjean de Landerneau (1867 1868)
- Charles Le Bos à Landerneau (1880)
68A700CourtilAr jardin
68A704CourtilAr jardin
68A705MaisonDémolie en 1842
68A705Sol et dépendances.
68A708CourtilAr jardin.
68A718TerreParc ar vouillen.
68A697CourtilJardin Torquen.
68A714CourtilJardin Torquen.
68etc...etc...etc....
148A701CourtilPaul Rolland à Plouneventer
Rolland Bernard et M-Françoise à Plouneventer
Jacques Le saint à Lanhouarneau
1840
1857
1863-1882
148A702Maison
148A702Sol et dép.
Cadastre de La Roche - propriétés bâties 1882-1911 (ADQ 3 P 239/4)
DescriptionCause augmentation ou diminutionPropriétaireAnnée
11A798MaisonConstruction nouvelle 1883Charles Le Bos 1889
11A798MaisonDémolition 1883Charles Le Bos 1889
82A500MaisonMoulin converti en maison 1880Guillaume Le Roux 1889
Propriétaires
A701MaisonJacques Le Saint à Lanhouarneau1882-1889
82A701MaisonAlbert Le Roux1889-1895
11-54 A701MaisonCharles Le Bos
11-54A711MaisonCharles Le Bos
11A798RemiseC.N.Charles Le Bos1885
11A798MaisonC.N.Charles Le Bos1889
X
Plan du cadastre actuel

Plan du cadastre de 1934.


Les propriétaires :

B - Les habitants au début du 19è

1 - Quelques ménages au début du siècle :

2 - Les recensements indentifient assez bien les villages autour de Pont-Christ à partir de 1841, et l'on voit à Gorrequer :

1841 10 familles  Marie-Josèphe Razil (mendiante) et son fils Yves Le Moigne
Yves Caroff (journalier) et Catherine Razil (tisserande) et leurs 5 enfants
Laurent Cleac'h (charbonnier) et Françoise Corcuff (couturière), leur fils et une servante
Pierre Le Fur (charbonnier) et Marie Laour (ménagère), leurs 4 enfants et la soeur de l'épouse (servante)
François Quéré (journalier) et Marie-Françoise Quéau (ménagère) et leur fille
Hervé Corcuff (charbonnier) et Marie-Louise Abgrall (tisserande) et leurs 6 enfants
Anne Madec, veuve (mendiante)
Isabelle Plantec, veuve (mendiante)
Yves Coroller, veuf (cultivateur) et sa servante, Françoise Rolland
Jean Le Moigne (journalier) et Jacquette Razil (mendiante) et leur fils Yves
 
1846 7 familles  Yves Coroller (journalier) et Anne Le Roux et leurs 3 enfants, + 2 enfants de l'hospice
Pierre Le Fur (charbonnier) et Marie Laour et leurs 6 enfants
Isabelle Plantec (mendiante)
Anne Madec, veuve Le Moign (mendiante)
Marie Razil, veuve Le Moign (mendiante) et son fils Yves Le Moign
Catherine Razil, veuve Caroff, (mendiante) et ses 5 enfants
Herve Corcuff (charbonnier) et Marie Louise Abgrall et leurs 7 enfants
 
1851 8 familles  Pierre Le Fur (charbonnier) et Marie Laour et leurs 6 enfants
Catherine Razil, veuve, et 5 enfants et une petite-fille
Pierre Coroller (journalier) et Anne Le Roux, son épouse, et 3 enfants
Yves Princ (journalier) et Jeannette Le Hir, sa femme
Laurent Cleac'h (charbonnier) et Françoise Corcuff (couturière) et leurs 4 enfants
Marie Jeanne Coyer, veuve (mendiante) et son fils, François Madec
Herve Corcuff (charbonnier) et Marie Louise Abgrall (couturière) et leurs 8 enfants et un petit-fils
Jeannette Cochard (rentière)
 
1856 4 familles  Pierre Le Fur (charbonnier) et Marie Laour et leurs 5 enfants
Jean Marie Pouliquen (cantonnier) et Josèphe Cren, sa femme, 4 enfants et les beaux-parents Cren-Abhervegueguen
Olivier Urvoas (journalier) et Françoise Roue, et leur fille
Yves Kerango (journalier) et Marie Anne Moal, sa femme
 
1861 7 familles  Jean Marie Pouliquen (cantonnier) et Josèphe Cren, sa femme, 5 enfants et les beaux-parents Cren-Abhervegueguen
Yves Urvoas (journalier) et Jeanne Le Hir et leurs 3 enfants
Marie-Jacquette Razil, veuve (journalière et mendiante)
Yves Plantec (charbonnier) et Catherine Caujan, sa femme
Isabelle Plantec, veuve (journalière et mendiante)
Guillaume Barvec (journalier) et Catherine Goavec et leurs 3 enfants
Pierre Le Fur, veuf (charbonnier) 4 enfants, et son gendre, Jean Gueguen (cultivateur)
 
1866 8 familles  Yves Urvoas (journalier) et Jeanne Le Hir et leurs 5 filles
Marie Jacquette Razil, veuve (journalière)
Isabelle Plantec (assistée)
Hervé Quéré (journalier) et Françoise Kermarrec, sa femme, Pierre Queré (journalier) et Françoise Le Ber, et leur fille
François Quéré (journalier) et Françoise Quéau et leur fille
Pierre Guevel (journalier) et Marie-Jeanne Cornily et leur 2 enfants
Guillaume Barvec (journalier) et Catherine Goavec et leurs 5 enfants
Jean Gueguen (charbonnier) et Hélène Meudec et les 2 enfants de Jean
 
1872 4 familles Jean Gueguen (charbonnier) et Helène Meudec et leurs 3 enfants
Guillaume Barvec (journalier) et Catherine Goavec et leurs 7 enfants (la fille aînée est fileuse)
Yves Calvez et Marie-Françoise Quéré et leur fille
Yves Urvoas et Jeanne le Hir et leur 4 enfants (les 2 filles aînées sont fileuses)

On peut constater que pendant les trois premiers quarts du 19è siècle les habitants de Gorrequer ont des activités bien modestes. Peut-être plus modestes encore qu'au siècle précédent.

C - Les maisons au début du 19è

Le cadastre napoléonien, tant par le plan que par la liste des parcelles, inventorie plus d'une dizaine d'édifices, maisons ou dépendances. Ce sont de petites maisons, habitées comme on l'a vu par des ménages aux revenus certainement très limités. Cela va changer à partir du dernier quart du 19è siècle.

III - A partir de 1876 jusqu'à nos jours

A - Plans du nouveau cadastre

Plan du cadastre actuel

Plan du cadastre de 1934.

En-tête du papier à lettres Pavillon de chasse

 

B - Nouveaux propriétaires et reconstruction

A partir de 1840, Gorrequer appartient à deux propriétaires :

Le domaine de Gorrequer sera progressivement transformé :

En 1880, la propriété de Grandjean est rachetée par Charles Le Bos, brasseur, directeur et propriétaire de la "Brasserie Flamande" à Landerneau (voir plus bas). En 1882, il acquiert aussi les bâtiments de la ferme de Gorrequer.

Gorrequer restera propriété de la famille Le Bos jusqu'au décès d'Henri Le Bos, petit-fils de Charles, en 1979. Pendant un siècle donc ce haut lieu de Pont-Christ aura été associé à la famille Le Bos, ceci justifie que nous lui consacrions un chapitre spécifique.

Plus tard, le domaine sera acquis par Jacques Gad, le 3è fils de Louis Gad des abattoirs de Lampaul-Guimiliau, qui réalisera une extension perpendiculaire au pignon Est de la belle maison.
Plus tard encore, Gorrequer passera aux mains de la famille Maucurier et deviendra gîte et maison d'hôte sous la direction d'Andrée Chapalain.

En juin 2018, le domaine de Gorrequer est acheté par un guipavasien.

La belle allée bordée de hêtres partant de la maison vers la grille d'entrée du domaine.

C - Les habitants

1 - La maison bourgeoise :

Le propriétaire n'est pas toujours résident permanent (et n'est donc pas nommé dans les recensements), mais confie l'entretien à un couple salarié. Pour gérer le domaine, on trouve dans les recensements ou les registres d'état-civil :

1876 Il n'y a personne
1881 ?
1886 Yves Cloarec (poseur) et Anne Jezequel
1891 Il n'y a personne
1896 et 1901 Pierre Yven (garde forestier) et Marie-Jeanne Letty
1903, 1904 Francois Vincent Léon (garde particulier) et Pauline Bernes
(cf registre d'état-civil : naissance de 2 enfants à Gorrequer)
1906 Jean Marie Boulch (garde privé) et Hélène Le Sann,
+ Yves Le Bihan (cocher)
1911, 1921 et 1926 François Peron, le fermier, a aussi le rôle de "garde particulier"
(cf registre d'état-civil : naissance d'un enfant à Gorrequer)
1931 et 1936 Edmond Le Bos, le propriétaire, et son épouse Marie Dubois
1946 Marie Dubois
1954 et 1962 Il n'y a personne en résidence principale
1968 Henri Le Bos, le propriétaire, et son épouse Thérèse Penet


2 - La ferme de Gorrequer est exploitée par un ménage :

1876 Guillaume Cornily et Maryvonne Kerbaol
1881 ?
1886 Jean Yvinec et Marie Branellec
1891 et 1896 Thénénan Lagadec et Louise David
1901 et 1906 Jean-Marie Guennou et Anne Gallou
1911, 1921 et 1926 François Peron et Marie-Jeanne Porzier
1931 Yves Sclear et Marie Quintric
1936 Jean-Louis Bescond et Joséphine Péron
1946 Jean-Marie Soun et Catherine Peron
1954 et 1962 Il n'y a personne

IV - La famille Le Bos-Despinoy, brasseurs




A - Les brasseurs

Pierre-Joseph DESPINOY, né en 1776, Wilepole, Roisin, Hainaut, Belgique, décédé le 18 décembre 1862, 44 rue de la Fontaine Blanche, Landerneau (à 86 ans), minotier, brasseur, négociant en vins et spiritueux.
Marié le 19 janvier 1818, Lambezellec, avec Marie Anne SIMON, née le 6 janvier 1791, Lambezellec, décédée le 2 janvier 1819, Anciens Capucins, Landerneau (à 27 ans), dont Marié le 28 avril 1819, Landerneau, avec Marie Lorette Jeanne LOUSSOT, née le 26 juillet 1791, Brest, décédée le 23 avril 1874, Landerneau (à 82 ans), dont

A droite, de haut en bas, les portraits de Charles, Edmond, Camille et Henri Le Bos.      




B - La Grande Brasserie Flamande

  1. Fondation de la brasserie en 1817 :
    Avant la révolution l'ancêtre des Despinoy possédait un moulin et des terres à Wilepole qui se trouvait en France à l'époque, mais actuellement en Belgique dans la province du Hainaut. Wilepole se trouvait en bordure de la frontière, sur le territoire de la paroisse de Roisin canton de Dour.
    Fuyant comme de nombreux compatriotes les guerres de l'Empire, les Despinoy émigrèrent en Angleterre en 1789. Pierre-Joseph Despinoy (1776-1862), son fils, qui était minotier de son état, débarque à Brest après la Restauration en 1814 avec un groupe d'émigrés. Il s'installe en Bretagne en prenant des Bretonnes comme épouses en premier et second mariage. Il loge provisoirement avec sa famille au couvent des Ursulines à Landerneau, couvent qui deviendra par la suite prison centrale, caserne, puis lycée de nos jours.

  2.  Pierre-Joseph Despinoy loue alors l'ancien monastère des Capucins en 1817 pour y installer une fabrique de bière artisanale. Il monte également un négoce de vins et de spiritueux et une fabrique d'absinthe.

    Un inventaire, réalisé après le décès de Marie-Anne Simon, première épouse de Pierre-Joseph Despinoy, le 30 mars 1819, nous précise les matières premières et le matériel stocké dans la brasserie :
    18 sacs725 kg d'orge
    4 grandes pelles en bois  150 kg de froment
    1 moulin à coriandre20 kg de houblon
    1 tourelle pour la bière
    15 fûts et barriques
    4 barils
    2 cribles
    1 romaine
    9 balles
    1 trompe, 2 chaudières, une pompe, une petite jatte, le tout en cuivre
    1 grande cuve en bois avec "un bac à réfrigérant"
    5 chantiers à fermenter la bière
    Le tout estimé 587 francs.

    Son fils Louis Despinoy lui succéda, puis Charles Le Bos, gendre et associé de ce dernier en 1867.

    Jusque-là l'ancien monastère était la propriété de la Société Linière qui l'avait acheté le 3 septembre 1842 aux nièces du curé Pillet (celui-ci l'avait utilisé de 1799 à 1815 comme école). C'est le 22 décembre 1894 que Charles Le Bos et son épouse Amélie Despinoy achètent la propriété des Capucins d'une surface d'environ 5.000 m2, comprenant édifices, terrains et arbres, moyennant la somme de 22.000 francs.

    Charles Le Bos avait épousé Amélie Despinoy en 1865. De ce mariage naissent 4 fils dont Edmond et Camille qui sont ses successeurs rue de la Fontaine Blanche dans la fabrication de bière, limonade et eau gazeuse.
    La propriété des Capucins sera cédée en octobre 1919 à Paul Gloess, ingénieur spécialisé dans les algues, pour créer la "Société des Algues alimentaires".

  3. La Brasserie Flamande s'est aussi installée dans des locaux près de l'église St-Houardon (sur un terrain adjacent à l'actuel Lycée mixte d'Etat, à la rue François-Pengam, et à la place de l'Eglise Saint-Houardon).
    Sur ce calendrier qui date de 1905, le dessinateur en a rajouté un peu. Dans certains bâtiments, il y a une fenêtre, voire deux ou trois de trop.
       Dans la malterie, au centre de l'image ronde en bas à gauche, on faisait germer les grains d'orge. Au premier étage, le grain d'orge était trempé puis pour le faire germer il fallait augmenter la température. Dans la tour, on faisait brûler du bois ou du charbon et de l'air chaud était ventilé dans les différentes salles afin que l'orge germe.
       Ensuite, lorsque les germes étaient assez développés, on faisait sécher l'orge dans les tours. L'orge reposait sur du grillage fin et lorsqu'elle était sèche, on la passait dans une machine pour en séparer le germe de la matière azotée qui est nocive à la fermentation de la bière.
       Derrière les bâtiments, il y avait les écuries qui contenaient 50 à 60 chevaux. Quarante d'entre eux travaillaient en permanence à l'usine. Dix étaient en pâture ou à l'infirmerie et quatre ou cinq étaient affectés aux services divers. Un certain nombre de chevaux se trouvaient aussi à Carhaix ou à Morlaix pour les relais. Quand les chevaux avaient monté les Monts d'Arrée pour aller livrer de la bière jusqu'à Rostrenen ils étaient fatigués et on les changeait à Carhaix. Au retour on reprenaient les premiers chevaux à Carhaix pour rentrer sur Landerneau. Jusqu'à la Première Guerre Mondiale, les chevaux avaient une importance considérable. Les premiers camions apparurent dans les années vingt après la Grande Guerre.
      

    Publicité dans l'Ouest-Eclair du 11 juillet 1902.


  4. Mais la concurrence est rude. La brasserie est cédée à la société "La Meuse" en 1925. C'est Henri Le Bos, fils cadet d'Edmond qui devint directeur de l'usine à sa sortie de l'Ecole de Brasserie de Nancy. La société "La Meuse" continuera à produire la limonade "Le Bos", qui avait acquis un certain renom au début du siècle. La fabrique disparaîtra en 1956.

  5. Jacques Le Bos, le fils aîné d'Henri, continuera la tradition brassicole et travaillera plusieurs années à la brasserie de Kérinou, avant de se reconvertir comme officier d'administration de la marine nationale.

Le Télégramme du 29/1/1964 : Sur le terrain où va s'édifier la salle omnisports, une florissante brasserie landernéenne a travaillé pendant 140 ans.

Nous parlions hier de la future salle omni-sports qui doit s'édifier sur le terrain appartenant à la ville et adjacent au Lycée mixte d'Etat, de la rue François-Pengam, et place de l'Eglise Saint-Houardon. Mais les jeunes Landernéens savent-ils que ce terrain a connu un passé glorieux ?


Ce qui reste de l'ancienne brasserie Le Bos-Despinoy. Au fond, le clocher de l'église St-Houardon.

C'est, en effet, là que se dressaient jadis les bâtiments de l'une des plus prospères industries de la région, connue très loin à la ronde, sous le nom de "Brasserie Le Bos-Despinoy". C'est en 1817 que la famille Le Bos-Despinoy vint s'installer à Landerneau. De la propriété "Les Capucins", où elle résidait, elle vint occuper le pâté de maisons situé à proximité de l'église Saint-Houardon. Ce paquet de maisons fut transformé en brasserie. Sous l'impulsion de ses fondateurs, l'affaire ne tarda pas à prospérer.

108 années durant (1817-1925), la brasserie "tourna" ainsi à plein rendement, employant un nombreux personnel. Les livraisons se faisaient alors par voitures hippomobiles. Les écuries situées rue de Plouedern n'abritaient pas moins de 60 chevaux.

La famille Le Bos-Despinoy était par ailleurs très connue pour sa bonté. Non seulement ouvriers et ouvrières étaient bien traitées, mais devançant de plusieurs années la création des bureaux de bienfaisance et foyers d'aide sociale, la grand-mère du dernier directeur de la brasserie procédait tous les lundis à une distribution de pain aux indigents de la ville !

Les Le Bos-Despinoy participèrent aussi à la vie publique landernéenne. L'un d'entre eux fut élu adjoint au maire en 1868, et un autre, M. Edmond Le Bos fut élu maire en 1919.

Sait-on d'autre part que les premiers plans de la captation d'eau de la source de Loguellou, en Pencran, furent établis par un membre de cette famille.

En 1919, M. Edmond Le Bos céda sa place à la tête de la brasserie à son fils Henri, bien connu des Landernéens, pour avoir été aux environs de 1922, vice-président de la société sportive "La Landernéenne", et bien plus près de nous, président de la Société Hippique de Landerneau.

Ce dernier, en 1925, transforma l'usine, qui s'érigea en société, par son alliance avec une autre brasserie. Mais quoiqu'ayant de ce fait ralentit son activité, la brasserie fonctionna encore 32 ans. Ce n'est qu'en 1957 que M. Henri Le Bos ferma définitivement les portes d'une usine qui, pendant 140 ans, avait assuré travail et sécurité à d'innombrables familles de Landerneau et des environs.

C - Les ancêtres Le Bos

François LE BOS, né le 28 novembre 1771, St-Pol, décédé le 26 mai 1860, Rue des Brebis, Morlaix (à 88 ans), officier de santé, chirurgien, négociant.
Marié le 26 juin 1797, Lannilis, avec Françoise LE CAILL, née le 14 octobre 1773, Lannilis, décédée le 9 mars 1803, Plouvien (à 29 ans), dont Marié le 18 août 1806, St-Pol, avec Anne TREBAOL, née le 23 novembre 1783, Lannilis, décédée le 25 mars 1855, Rue au lin, St-Pol (à 71 ans), dont

 

François Le Bos et Théophile, son fils, tous deux chirurgiens de marine, sont des figures remarquables de Saint-Pol-de-Léon. Le deuxième mourut en 1855, dans le fameux naufrage de "La Sémillante" :

La frégate de premier rang à voile de la marine impériale La Sémillante, quittait le port de Toulon le 14 février 1855 à destination de la Crimée, pour apporter aux forces françaises des vivres et des renforts en troupe et en matériel. Elle transportait à son bord trois cent cinquante marins et quatre cents soldats français.
Le vent soufflait violemment Ouest-Nord-Ouest dans les Bouches de Bonifacio, sur l'île de Lavezzi, connue de tous les marins pour sa sinistre réputation. Malgré la solide expérience du capitaine, la frégate se brisa en mille morceaux contre l'îlot maudit. Tous les passagers périrent dans ce naufrage. La mer n'a rendu que 592 cadavres mutilés, qui reposent dans les deux cimetières de l'île. Le corps du commandant Jugan, qui seul a été reconnu d'une manière certaine, est déposé dans une tombe distincte.

Théophile Le Bos était le fils de François Le Bos, médecin à Saint-Pol, rue Croix-au-Lin et petit-fils de Pierre Le Bos, maître charpentier, qui avait conduit la restauration de la charpente de la cathédrale au tout début du XIXè siècle. Il remplissait les fonctions de chirurgien de marine à bord du navire La Sémillante, lorsqu'il disparut dans son naufrage, en 1855, au large de Bonifacio. Ce naufrage fit grand bruit à l'époque. Alphonse Daudet, dans ses «Lettres de mon moulin», décrivit cette tragédie dans son récit, intitulé «L'agonie de La Sémillante.

François Le Bos fut aussi chirurgien de la Marine et participa à la bataille d'Ouessant contre les Anglais.

Tous deux ont habité la Maison prébendale de Saint-Pol. La cour attenant à la Maison prébendale porte d'ailleurs le nom de "square François et Théophile Le Bos", depuis que la famille Le Bos a légué à la ville pour l'exposition permanente du musée, des pièces commémorant ces deux personnagres : des portraits, une trousse d'instruments de chirurgie et cinq ouvrages de médecine ayant appartenu à François Le Bos, des éléments provenant de l'épave de "La Sémillante", ... etc.



Ci-contre, la trousse de chirurgien datant de 1810, ayant appartenu à François Le Bos, chirurgien de marine.

Eugène Le Bos, fils de François et frère de Théophile, est connu pour avoir écrit un ouvrage intitulé Causeries bretonnes ou remarques sur la formation de la langue celto-bretonne publié en 1877 (voir sur Gallica). C'est une étude sur les particularités de la langue bretonne dans le canton de Saint-Pol.

 

Sources principales des informations

 

ADB = Archives Départementales du Finistère à Brest
ADQ = Archives Départementales du Finistère à Quimper
AML = Archives Municipales de Landerneau


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 André Croguennec - Page créée le 13/11/2017, màj le 16/11/2017.

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