blason de Brezal

Quand les champs avaient un nom - Synthèse

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Cette page est la synthèse des points les plus importants collectés par l'analyse des noms des champs autour de Pont-Christ (cf inventaire).
 

1 - An hent bras kozh
2 - L'activité linière
3 - Les fours à pain
4 - Le piège
5 - Les "boudoudom"
6 - Les champs fertiles ("park an atil")   
7 - Les fontaines
8 - Les mégalithes
9 - Les animaux sauvages : loup et serpent
10 - Les villages disparus
11 - Les pêcheries
12 - Les personnes
13 - Divers
1 - An hent bras kozh :

On sait que la route qui permet d'aller de Brest à Landivisiau n'a pas toujours suivi le même tracé au cours des âges :

  1. Aujourd'hui et depuis 1973, le mieux est d'emprunter la voie expresse.
     
  2. Avant 1973, et depuis 1843, la route utilisée, appelée aujourd'hui D712, longeait la rive droite de l'Elorn de Landerneau à Landivisiau en passant par Pont-Christ.
     
  3. Mais avant 1843, la route de Landerneau à Landivisiau était entièrement distincte de la voie actuelle, elle suivait la rive gauche de l'Elorn jusqu'à La Roche-Maurice. De là, après avoir traversé l'Elorn, elle escaladait le plateau, dans la direction de St-Servais, puis du village de Kerangueven, courait droit vers Landivisiau.
    Il s'agit de la voie du duc d'Aiguillon tracée au XVIIIè siècle. ...
    Autrefois, l'entretien des grands chemins était à la charge des paroisses rurales. Chaque paroisse avait une tâche proportionnelle à son importance évaluée d'après le chiffre de sa capitation. Mais il était tenu compte aussi de la difficulté du travail, suivant la nature du sol, la largeur des chemins ou l'intensité de la circulation et, surtout, selon l'éloignement, calculé du centre de la tâche au clocher de la paroisse.
    Le centre de la tâche de Pont-Christ se trouvait au pont de l'Elorn. En 1964, on a découvert une borne de corvées sur la vieille route entre Pont-Christ et Landerneau. Sur cette borne on lit "Trève de Pont-Christ 100 toises 1758" et "Trève de la Roche-Maurice 800 toises". La tâche de La Roche faisait 993 mètres. et partait des environs du Pontois en direction de Landerneau. De l'autre côté, après la tâche de Pont-Christ et jusqu'à Keramoal, la portion de route était répartie entre Loc-Eguiner (1760 mètres) et Lanneuffret (270 mètres). La suite du grand chemin se partageait entre Plouneventer, St-Servais et Landivisiau. L'érection des bornes de corvées fut ordonnée par le duc d'Aiguillon par son règlement du 5 novembre 1754. X
     
  4. Mais, surprise, l'étude de l'appelation des parcelles de Plouneventer, nous laisse supposer qu'il y avait une autre route antérieure à cette 3è route. Du moins sur la portion qui va du pont de La Roche à St-Servais.
    Autrefois la route partant du pont de La Roche ne montait pas tout droit pour passer entre Kerbeneat et Keradoret, mais prenait une voie médiane entre cette route et l'actuelle D712, pour se diriger précisément vers Keradoret. Voir sur la carte
    Si la parcelle 158 est un champ comme son nom l'indique (mais ce nom laisse quand même supposer une "vieille grande route" toute proche), les autres parcelles 8, 29 et 126 sont bien dessinées sur le plan cadastral napoléonien comme un chemin. La carte IGN actuelle laisse encore deviner ce tracé.
    Ce serait ce qu'il reste de l'ancienne "voie romaine" qui reliait Morlaix à Landerneau en franchissant l'Elorn à La Roche.

2 - L'activité linière : blanchissement du fil, voir "poull lin", "kanndi" et "prad neud"

fils de linLe nom de nombreuses parcelles témoigne de la présence ancienne de buanderies près de points d'eau. Ces points d'eau permettaient de rouir le lin et d'en blanchir les fils, de les rincer et de les faire sécher sur les prés à fils. Ces endroits se situent près de :
- Keradoret
- Brezalou
- Veuleury Vihan (La petite métairie)
- Penhoat, entre Penhoat et Kerivin, et au bord de l'Elorn près de la pêcherie
- Kerfaven
- Valy-Cloître.

On est ici chez les paysans-marchands, les "fabricants", ceux qui fournissaient le fil de chaîne et le fil de trame aux paysans-tisserands. Ces derniers étaient dispersés dans toute la campagne environnante. Les B.M.S. nous renseignent sur la localisation des "tisserands", "tisserandes", "fileuses" et "dévideuses". Ils travaillent pour les "fabricants" de Pont-Christ, mais aussi pour d'autres plus éloignés, comme Yves Le Guen de Landivisiau. Celui-ci, qualifié d'honorable marchand, sera parrain le 6/1/1748 et portera sur les fonds baptismaux de Pont-Christ le petit Yves Jean Miossec, fils de François et Jeanne Botorel, tisserands au bourg de ladite trève.


Par ailleurs, l'étude des familles de Pont-Christ à travers les B.M.S. et autres documents divers, nous a permis d'identifier des paysans-marchands toiliers :

- à Keradoret : Herve Abgrall
- à Brezalou : -
- à Veuleury Vihan : Hervé Guyader (ca 1657-1733)
- à Penhoat : Hervé Guyader avant de s'installer à Veuleury Vihan, Michel Kerbaol (ca 1667-1732), Nicolas Argouarch (1688-1756)
- à Kerfaven : Alain Abgrall (1639-1699), Joseph Abgrall (1679-1711), Herve Abgrall (ca 1687-1738), Jacques Toullec (1715-1773),
Claude Le Rest (1727-1801)
- à Valy-Cloître : Jean Kerbrat (+ 1694) à la Rabine du Cloître ou Rabine de Trebrit ...
"Rabin" est un mot breton. Rabin (f.) -où = avenue, allée d'arbres. Bali (f.) -où = avenue, allée, donne "Ar vali" après l'article.
Donc, la "Rabine du Cloître" c'est "Valy-Cloître" et "Trebrit" est tout près, voir la carte (aujourd'hui "Trebrit" est devenu "Ty-Brid").   X
- au bourg de Pont-Christ :  François Le Goff (+ 1683), Jacques Miossec (vers 1680)
- au Frout : Jean Madec (ca 1654-1704)
- à Kerelle : Guillaume Traouez (1644-1716)

La question qui se pose maintenant est de savoir si aujourd'hui, en ce début du 21è siècle, il reste des traces de cette activité linière : buanderies ou quelques murs de celles-ci, auges en pierre, ... etc. En effet, cette activité paraît très ancienne à Pont-Christ et a peut-être disparu alors même qu'elle se poursuivait encore dans d'autres paroisses du pays chelgenn. En attendant une visite exploiratoire sur les lieux, voyons ce que nous enseigne le cadastre ancien, datant du début du 19è siècle (cliquer sur les lieux cités dans le paragraphe précédent).


3 - Les fours à pain : Voir sur la carte

Le nom des champs a permis de localiser un certain nombre de fours. Il devait en exister dans chaque village, même si ici le mode d'investigation n'a pas révélé leur présence dans chacun d'eux. Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de parcelle qui porte ce nom que le four n'existait pas.

C'est l'exemple le moulin de Brezal, qui intégrait un four à pain. Un autre exemple : au Frout, il subsistait un four à pain au 20è siècle et il avait repris du service pendant la 2è guerre mondiale.

Voir sur la page du moulin de Brezal, des précisions sur son four à pain et celui présent au bourg de Pont-Christ avec un plan de situation.



4 - Le piège :

 
cartePour situer les lieux, cliquer sur l'oeil  
 

En allant de Pont-Christ vers La Roche, par l'ancien chemin qui joignait nos deux villages, longeant l'Elorn au sud, et avant d'arriver au barrage du moulin à papier, nous trouvons quelques parcelles aux noms évocateurs.
 

664  Foennec an drapet  La prairie du piège
665Parc drapetLe champ du piège
666Parc drapetLe champ du piège
667Parc drapetLe champ du piège
668Goarem rencontreLa garenne de la rencontre
669Goarem suilladecLa garenne de la brûlure
782Goarem argantLa garenne de l'argent
783Goarem argantLa garenne de l'argent

Les noms ne sont jamais donnés par hasard, ils correspondent toujours à une réalité. Qu'a-t-il pu se passer ici ?

Le piège : s'agit-il d'un piège réalisé dans l'Elorn pour capturer le poisson ? Non, ce genre de piège on l'appelait "pêcherie" ou "pesketaerezh", tout simplement. Il y en avait déjà deux à Pont-Christ : une au moulin à papier tout proche et une autre 200 mètres en amont du village.

Nous sommes le long d'un chemin isolé, assez loin du bourg de Pont-Christ, bordant l'Elorn, les habitations les plus proches de La Roche-Plate sont sur le plateau. Endroit idéal pour dresser un piège aux voyageurs : la "rencontre" eut lieu, non prévue pour les uns, bien sûr. Il a fallu "cracher au bassinet". Beaucoup d'argent ? sans doute ! Et le véhicule, le char-à-bancs, le carrosse ou la diligence, fut incendié. Qu'en resta-t-il ? "Traoù suilhet, setu tout !"

 

5 - Les "boudoudom" : pour situer les parcelles cliquer sur l'oeil

 

Au nord-est de Kerdonnars, il y a huit parcelles groupées qui portent le qualificatif de "boudoudom". Ce nom m'a interpellé. Je me suis demandé s'il ne s'agissait pas du nom d'une personne. Après avoir interrogé les 8.000.000 d'actes de naissance, mariage et décès présents dans la base du CGF, la réponse fut négative. S'il s'agit d'un surnom l'explication qui suit est valable aussi : ce serait le surnom de la personne qui a vu les "boudoudom".

Pour essayer de comprendre, il fallait en faire l'éthymologie. Spontanément, je scindai le mot en deux :paotred ar sabbat
- Boud (m.) -où = être
- Tomm (adj.) = chaud
Avec la mutation inévitable pour un nom de personne au masculin pluriel, cela donne : "Boudoù domm" = "êtres chauds"

Il s'agit donc de personnes et non pas d'autres êtres vivants. Mais, je ne crois pas que nos ancêtres employaient beaucoup le mot "être" à propos des hommes et des femmes, bien connus d'eux. Aussi le mot m'a fait penser, tout de suite, à des "êtres surnaturels" : "paotred ar sabbat" ou autres "viltansoù" qui étaient plutôt réchauffés dans leur amusements nocturnes. Certains les appelaient même des "feux" follets, c'est dire !.

Ho ! Surprise ! Au milieu de ces parcelles, il en existe une qui s'appelle "parc ar varres" or "barrez (f.) -ioù = ballet" avec la mutation au féminin singulier après l'article donne : "ar varrez". ... Faites-moi grâce du "z" par rapport au "s", l'orthographe a évolué dans ce sens depuis l'époque de la constitution du cadastre.

Ne pas confondre les deux mots :
- Parrez, ar barrez = la paroisse
- Barrez, ar varrez = le ballet. X

Donc, que faisaient nos êtres surnaturels sinon danser au clair de lune près des menhirs et des dolmens. Or il y en a justement tout à côté voir le chapitre "mégalithes" sur cette page.
 

Voici ce que dit Auguste Soubigou, ancien maire de la commune, de ces êtres surnaturels dans son histoire manuscrite de Plouneventer : " La croyance aux Korrigans et aux Paotret ar Sabbat et aux feux follets est toujours vivace. Ainsi les feux follets ou Korrigans, quand ils dansent la nuit dans les marais ou prairies, s'ils vous aperçoivent vous font égarer, vous ensorcellent et vous retiennent auprès d'eux à moins que vous n'ayez eu le temps d'endosser une partie de votre habillement à l'envers ; sinon vous resterez là jusqu'au matin, c'est ce qui s'appelle "Quillet gant paotret ar sabbat". Il faut avouer qu'aujourd'hui en général il n'y a que les ivrognes ne pouvant rentrer chez eux le soir et restant coucher sur le bord des chemins ou ailleurs qui invoquent cette raison.

Les Paotret ar sabbat ont diverses puissances. Ils viendront la nuit prendre des instruments aratoires, charrueront un champ, et le lendemain le champ sera remis dans le même état qu'auparavant, les instruments rangés de même, sans que vous puissiez vous douter de quoi que ce soit. On raconte sérieusement dans les veillées les histoires suivantes : Un maître garçon ayant du blé noir à semer eut la bonne fortune de voir les Paotret ar sabbat venir prendre la charrue, les chevaux et tous autres outils chez son maître. Il les suivit en ayant la précaution d'emporter de l'eau bénite et alla se rendre compte de leur travail. Il se posta sur un fossé et ne bougea pas ; même un korrigan s'étant servi d'une hâche pour arranger la charrue, et ne sachant pas où la placer, prenant la tête du garçon pour un tronc, ne se gêna pas pour y planter sa hâche. Un peu plus tard, le Paotr ar sabbat ayant encore eu besoin de sa hâche vint la reprendre et le garçon ne ressentit rien du tout ; mais lorsque le travail de charruage fut entièrement terminé, celui-ci commença à l'asperger d'eau bénite, aussitôt les Paotret ar sabbat de déguerpir sans avoir pu remettre le champ dans l'état où il se trouvait quand ils y avaient pénétré. Le domestique était aussi très content de trouver son travail de charruage tout fait. Il y sema donc du blé noir, lorsqu'il le récolta, il trouva de beaux grains, il est vrai, mais au lieu de contenir de la farine, ils ne contenaient que de la cendre.

Un autre garçon couchant dans une étable à vache vit les Paotret ar sabbat venir prendre une vache, la tuer, la dépecer et couper en morceaux. Il ne voulut pas qu'ils emportassent toute cette viande et, ignorant leur usage de reconstituer les choses dans leur état primitif, enleva un morceau de la cuisse, croyant qu'ils allaient emporter le reste. Quand le jour fut venu, la vache était bien reconstituée sauf le morceau de la cuisse que le garçon avait pris et qu'il n'avait pas le pouvoir de placer lui-même de sorte qu'il fallut abattre la vache. "

 

Finalement, les "boudoudom" de Kerdonnars et les korrigans de Brezal se sont les mêmes.

 

6 - Les champs fertiles ("park an atil") :

 

Pour situer les parcelles, cliquer sur l'oeil
"An atil" est une bonne terre fertile. Elle se trouvait en général près de la maison, on y cultivait des légumes, etc... Souvent, on aurait pu l'appeler "jardin" ou "liorzh".
- le "park an atil" de La Roche-Plate a une contenance de 77,71 ares.
- les deux parcelles contigües portant ce nom à Kerfaven totalisent une surface de 95,30 + 47,26 = 142,56 ares.
- la parcelle de Kerelle fait 118,80 ares.
- les deux parcelles contigües de Runpoulzic totalisent 42,50 + 56,10 = 98,60 ares.

 

7 - Les fontaines :

 

Pour situer les parcelles, cliquer sur l'oeil
Ces fontaines, découvertes par l'inventaire des parcelles du cadastre, ne peuvent nous faire oublier celles de Brezal.

 

8 - Les mégalithes :

 

Pour situer les parcelles, cliquer sur l'oeil  .
 

Sur Plouneventer :

 

Pour "Al lia vihan", je n'ai pas d'information.

 

hâche polie
Figuration de la gravure en creux à la face inférieure de la table de couverture du caveau de Kerdonnard : hache polie emmanchée avec manche en "crosse". D'après un dessin du docteur M. Kermarec, 1907.

Par contre, pour "ar mein bras", parcelle 174, on peut leur appliquer la description laconique parue dans la Dépêche de Brest du 26/12/1934 : "reste de dolmen à 300 mètres E. de Kerdonnars ; menhir de 1 m. 60 à 300 mètres E. de Kerdonnars, au même lieu que les restes du dolmen", bien que la parcelle "ar mein bras" semble se situer plutôt au nord de Kerdonnars.

Paul du Chatellier avait déjà inventorié ces mégalithes qu'il avait situés dans une parcelle précise : "Menhir de 1,60 m. de haut et reste de dolmen à Clos-ar-Balan, à 300 m à l'est de Kerdonnard (section B, n° 172)." Notons que les parcelles 172 et 174 sont adjacentes.

Dans la littérature spécialisée en matière de préhistoire, on apprend que le docteur Mathurin Kermarec de Landerneau, accompagné de Zacharie Le Rouzic, gardien du musée de Carnac, ont réalisé en 1907 une "fouille dans un tumulus arasé près de la ferme de Kerdonnard en Plounéventer, au lieu-dit Goarem ou Parc-ar-Ruguellou" et découvert un "caveau assez classique de l'âge du bronze ... de 2 m de long sur 1,10 de largeur. Il y fut découvert quelques débris d'un squelette ... et, à hauteur de son bras gauche, les débris d'un vase à quatre anses, d'autres tessons et un petit éclat de silex. Il fut noté que la face inférieure de la table de couverture portait un signe gravé en creux, long de 0,85 m, ressemblant à une 'épée' ou plutôt à une hâche polie emmanchée, avec la 'crosse' au sommet du manche. ... La table ornée de Kerdonnard est un nouvel exemple de récupération d'une pierre de mégalithe pour un remploi, car cette figure devait nécessairement être verticale."

Les débris du squelette seraient visibles (ou ont été visibles) au musée de Carnac, Cf Mémoires de la Société géologique et minéralogique de Bretagne - 1951 :
"Plouneventer, Kerdonnard. Bronze II. M. Kermarec et Z. Le Rouzic, vers 1907. Musée de Carnac. Débris d'un squelette."X

Plus tard, en 1925, le docteur Kermarec a indiqué : " Les éléments du monument ont été dispersés et détruits. Rien ne demeure que mon rapport, mes dessins, mes photos et mes aquarelles... Le monolithe gravé de Kerdonnard est totalement perdu. Hélas oui, et tout ce dont il était le recouvrement... Détruits aussi les éléments d'une belle allée couverte qui en était proche." (voir BSAF 1991 - n° 120).

A propos du squelette, on trouve quelques précisions supplémentaires dans La Dépêche du 28/4/1907 : "Un squelette en assez bon état de conservation, d'après lequel on pouvait voir que le cadavre avait été couché sur le côté gauche ; les bras repliés vers la tête, orientée au couchant ; les cuisses fléchies sur le tronc et les jambes fléchies sur les cuisses".

 

Au sud de Keradoret, on trouve "liors ar ven hir" au bord de "hent calet" qui mène au "castel bihan", ceci est bien énigmatique.

Au nord-est de la Petite Métairie, il y a aussi deux parcelles 379 et 380 qui s'appellent le "champ des pierres".

 

Il faudra lancer une investigation pour en savoir plus sur les mégalithes de Plouneventer. On peut aussi noter l'existence d'un ouvrage probablement préhistorique près de la statue de la vierge du château de Brezal.
 

Sur La Roche :

 

Les mégalithes de La Roche nous sont plus connus : voir la Roche percée et le trou du Bonnet Rouge. Pour ce qui y est de "Roc'h wenn", une photo serait la bien venue.

 

9 - Les animaux sauvages :

 

Le loup :
 

Les deux parcelles contigües, 628 et 629, nommées "trou du loup" sont très petites, respectivement 2,50 ares et 4,90 ares, et donc peut-être pas appropriées à la culture. De plus, elles sont parallèles. Cela laisse à penser qu'il pourrait s'agir de pièges à loup. On sait que, comme les autres animaux sauvages, cerfs et sangliers, les loups avaient l'habitude de passer par les même endroits. Les hommes y installaient donc des pièges. Outre, le piège à loup bien connu composé de deux mâchoires qui se referment sur la bête, le piège pouvait être aussi un trou profond creusé en terre, et recouvert des branchages légers et de feuilles. Sous le poids du loup, les branchages cédaient, le loup tombait au fond du trou et y restait prisonnier.

Autrefois les seigneurs de Brezal luttaient contre les loups. Au prône, à Bodilis, le dimanche de la Trinité 1698, il fut dit : "qui voira le loup qu'il mande à Brézal", recommandation fort utile et tout à l'honneur des seigneurs de Brezal qui protégeaient les troupeaux du paysan contre les attaques du carnassier (BSAF, XXVI, 1899, p. 500).

C'est ce que nous confirme l'ouvrage de Marie-Françoise Cloître, Ploudiry, une histoire au coeur du plateau, p. 44 : " Les loups étaient très nombreux à Ploudiry dans le dernier quart du XVIIè siècle. Dans les comptes de la fabrique, on peut trouver :
- en 1682, payé 70 sols à Guy Le Duff, veneur de Monsieur de Brezal, pour la prise d'un loup au bois du Fertz,
- en 1684, payé 60 sols à Goulven Guenoden, pour la prise de 2 loups, ...
- en 1685, payé 5 livres 5 sols aux trois veneurs et autres chasseurs de Brezal pour la prise de trois ou quatre loups, pris et tirés dans les taillis de cette paroisse au cours de l'année".

Goulven Guenoden a habité Pont-Christ, puis Brezal :
Goulven GUENODEN, décédé le 10 janvier 1704, Plouneventer, enterré dans l'église de Pont-Christ.
Marié avec Gillette GUINCH, née vers 1668, décédée le 9 septembre 1714, Bourg, St-Servais (à 46 ans), dont FERMER X

En 1799, "Jacques Péron, chasseur de profession, demeurant au Quinquis sur la commune de Bodilis, ayant pris dans un piège une louve pleine laquelle s'était, après avoir été prise, jetée avec le piège dans la rivière d'Elorn où elle s'est noyée, a présenté la dite louve de l'âge d'environ 3 ans et pleine d'environ 4 mois ; en conséquence, il a déclaré vouloir toucher la prime de 50 livres accordée par l'article 2 de la loi du 10 messidor an 5 à tout citoyen qui représentera la tête d'une louve pleine" (Extrait du registre des comptes de la fabrique de la confrérie du rosaire à Bodilis).

En 1871, il y a encore des loups dans les bois de Pont-Christ. Dans la nuit du 22 au 23 juillet, une génisse appartenant Alain Tanguy de Valy Nevez est dévorée par les loups. Quelques années plutôt, en 1868, Paul de Lavillasse, minotier à La Roche-Blanche et lieutenant de louveterie de l'arrondissement de Brest, réclame une prime pour abattage de loups.

Pour encourager la destruction des loups, une loi du 3 août 1882, fixait le montant des primes de la façon suivante :

  - pour une louve pleine :     150 francs   Lorsque qu'il sera prouvé qu'un loup s'est jeté sur des êtres humains, celui qui le tuera aura droit à une prime de 200 F.  

  (*) Est considéré comme louveteau l'animal dont le poids est inférieur à 8 kilogrammes.
  - pour un loup : 100 francs 
  - pour un louveteau (*) : 40 francs 

Les derniers loups tués dans le nord du Finistère l'ont été en 1891 à Milizac et 1895 à Pencran.

 

Quels étaient les moyens de détruire les loups ?

- Armes à feu dans les chasses générales ou battues, ou les chasses particulières ...

Le 19 décembre 1882, le ministre de l'agriculture adresse aux préfets des instructions concernant la destruction des loups, voici ce qu'il dit au sujet des battues générales :

" Suivant l'ordonnance de 1601 et les arrêts du conseil des 26 février 1697 et 15 janvier 1785, restés en vigueur, ainsi qu'il résulte d'un arrêt de la Cour de cassation du 13 brumaire an X, il est prescrit de faire opérer ces battues tous les trois mois, et plus souvent même suivant le besoin, et les habitants des communes sont tenus d'obéir aux réquisitions qui leur sont faites par l'autorité administrative pour aider les chasseurs. Vous avez donc tous les moyens nécessaires pour faire opérer ces chasses générales. Toutefois, vous auriez le soin, chaque fois que vous feriez ainsi appel à vos administrés, de ne convoquer que le nombre d'hommes rigoureusement nécessaire ; de prescrire aux maires, chargés de désigner ceux-ci, de ne porter leur choix que sur des hommes dans la force de l'âge, prudents et capables du supporter la fatigue d'une battue ; enfin, de ne pas fatiguer les habitants par des appels trop fréquents. " X

- Pièges, traquenards, fossés ; batteries ... ...
Les hommes se faisaient parfois prendre dans ces pièges et "trous du loup", on raconte l'histoire suivante en Cornouaille :

" Mathurin du Neizh-Yar ne se contentait pas de faire danser la jeunesse. En retournant de la noce, le sonneur infatigable jouait des airs de biniou le long des chemins creux. Un soir, il tomba dans une de ces trappes que nos paysans creusaient dans la montagne pour prendre des loups, très nombreux au pays jusqu'en 1884, époque où on les détruisit au moyen de la strychnine.

Le trou était très profond et Mathurin devait attendre du secours pour en sortir. Pour comble de malheur, il avait pour compagnon de captivité un énorme loup qui le dévisageait avec des yeux rouges comme des tisons. Que faire pour ne pas être dévoré par ce monstre ? Mathurin a foi en son biniou ; il joue ses airs les plus stridents, et voilà le loup de s'affoler tellement que, le lendemain matin, les visiteurs de la trappe trouvèrent Mathurin joyeux comme d'habitude jouant du biniou sur le dos d'un énorme loup passé de vie à trépas. " (revue Armen n° 20) X

- Empoisonnement ...
Le 19 décembre 1882, le ministre de l'agriculture adresse aux préfets des instructions concernant la destruction des loups, voici ce qu'il dit à propos de l'utilisation des poisons :

" J'appelle toutefois votre attention sur les mesures de précaution que comporte le procédé de l'empoisonnement. Ce mode de destruction, en effet, qui a été jugé par beaucoup de personnes comme le plus efficace, est d'une application dangereuse pour les animaux domestiques. Aussi ne doit-il être mis en usage que par des personnes expérimentées, et sous les réserves prescrites par l'ordonnance royale du 29 octobre 1846 et l'arrêté ministériel du 28 mars 1848. A cet effet, l'emploi de tout poison devra être préalablement autorisé par le maire, mais au profit seulement de personnes expérimentées, prudentes et d'une moralité reconnue. L'autorisation sera transcrite à la suite d'une formule conforme à l'une de celles indiquées dans l'arrêté ministériel du 28 mars 1848, délivrée par l'un des vétérinaires du canton, et qui devra être remise au pharmacien en échange des matières toxiques. Celui qui se servira de ces substances devra, en outre, indiquer, trois jours avant de placer son amorce, l'endroit où celle-ci sera déposée.

Le maire aura le soin de publier immédiatement, par affiche et à son de caisse, ce renseignement, en invitant les habitants à tenir leurs chiens à l'attache jusqu'au jour où l'appât sera enlevé. Le chasseur par empoisonnement devra visiter au moins une fois chaque jour le lieu où il aura déposé l'appât, et avertir le maire de l'enlèvement de l'amorce si l'appât n'a pas été dévoré par le loup.

Les habitants seront avertis de cette circonstance par les soins du maire et comme il est dit plus haut.

Enfin, si l'amorce a été placée dans les parties charnues du corps d'un animal et qu'elle n'ait pas produit son effet au bout de quelques jours d'exposition, le corps ou ce qui en restera devra être enfoui, par le chasseur, dans une fosse d'1,35 m. de profondeur au moins, afin d'éviter les conséquences fâcheuses que l'exposition en plein air de ce cadavre pourrait déterminer. " X

- Enlèvement d'un louveteau au "liteau". Le liteau c'est le lieu où le loup se repose pendant le jour, sa tanière.

Tous ces moyens n'étaient pas sans danger comme on peut le voir en cliquant sur les petits livres verts.


Le serpent :
 

Que s'est-il passé dans cette "garenne du serpent" ? Nous ne le saurons peut-être jamais. Mais sans remonter à l'époque pré-cadastrale, nous avons pu lire dans la presse ancienne de la fin du 19è et du début du 20è siècle, des récits de malheurs liés à des morsures de vipères. Souvent à l'insu de la victime, mais parfois aussi du fait que celle-ci avait provoqué le serpent, par bravoure.

Un exemple dans la Dépêche de Brest : 01/07/1904 : SAINT-SERVAIS - Mordu par une vipère. Un domestique, Louis Grall, demeurant à Saint-Servais, s'endormit dans un champ de blé près de Pont-Christ. A son réveil, il constata avec effroi que, pendant son sommeil, une vipère s'était introduite dans son pantalon. Il se mit à crier au secours, et une femme l'aidait à chasser le reptile, qui l'avait mordu à la jambe droite. Les premiers soins lui ont été donnés par les personnes de Kerfaven. Son état est très grave.
 

Concernant les parcelles précédentes "trou du loup" et "garenne du serpent", nous sommes là à proximité du moulin à papier tenu par des papetiers d'origine normande. Les champs ne sont plus qualifiés en langue bretonne, contrairement à la quasi totalité des parcelles analysées, mais en français.

 

10 - Les villages disparus :

 

L'étude des noms de champs permet aussi de localiser les villages qui ont disparu mais dont nous avons découvert l'existence passée à travers des documents d'archives, B.M.S. et autres documents.

 

Begavel :
 

Cet ancien village a été situé grâce au cadastre ancien de Plouneventer à l'ouest de Runpoulzic et au sud de Milin Huz.
Dans les B.M.S. ont trouve des naissances à Begavel de 1735 à 1790 : Moalic, Guengant, Dolou ; des décès de 1671 à 1791 : Pichon, Moalic, Le Bris, Argouarch, Penguilly, Caroff, Dolou, Vezo, Cochart. Le 12 avril 1730, Anne Trevien de Begavel est présente à la vente publique organisée après le décès d'Alain Guezennec, meunier du moulin de Brezal de Pont-Christ. "Deux coueffes et deux mouchoirs de col, [lui sont] adjugés pour trente et huit sols".
 

begavel
N° de
parcelle  
VillageNom de la parcelleNature
242 Runpoulzic  Goarom bihan bec avel  Lande
251 Runpoulzic Foennec bec avelPré
293 RunpoulzicParc bec avelT.L.
295 RunpoulzicStreat bec avel Pâture
298 K/bignonParc bec avel T.L.
299 RunpoulzicGoarom ty bec avelLande
301 RunpoulzicParc pors bec avelT.L.
301 bis  RunpoulzicLeur bec avelT.L.
302 RunpoulzicJardin becavelT.L.
305 RunpoulzicParc creis becavelT.L.

Explications :

Le village ayant disparu les parcelles sont rattachées au village le plus proche : Runpoulzic ou Kerbignon.

T.L. : Terre labourable

295 : Comme son nom l'indique, cette parcelle correspond au chemin qui menait à la ferme disparue.

301 : Le nom de la parcelle 301 la désigne comme la cour de la ferme

301 bis : Cette parcelle était l'aire à battre

302 : Il y avait aussi un petit jardin.
 

touinelTouignel ou Touinel :
 

Ce village se trouvait au nord de la Petite Métairie de Brezal (Veuleury-Vihan) et au bord du ruisseau qui se déverse dans l'étang.

Naissances en 1672 : Miossec, Pradel
 

N° de
parcelle  
VillageNom de la parcelle  Nature
355Petite métairie  Coat parc touinelPâture
356 Petite métairieParc touinel izellaT.L.
357 Petite métairieParc touinel izellaLande
358 K/ivin Prat touinelPâture
359 K/ivin Foennec touinelPâture
360 K/ivin Foennec touinelPré
 
11 - Les pêcheries :

 

Situation des deux pêcheries : cliquer
Pour plus de précisions, concernant la pêcherie du moulin à papier, voir la page sur le moulin (plan cadastral et relevé des parcelles) et concernant celle en amont de Pont-Christ, voir la page qui lui est consacrée

.

 

12 - Les personnes :

 

13 - Divers :

 

Voici quelques noms de parcelles qui restent très énigmatiques pour moi et que je soumets à la sagacité de mes lecteurs :

Pour écrire à l'auteur. Ecrire à l'auteur du site E-mail : croguennec.amt@orange.fr
 
 


 

carte

NB - quand plusieurs parcelles sont trop proches l'une de l'autre, il est possible que tous les noms ne s'affichent pas : un libellé peut se superposer à l'un des précédents.

ampoule
Le cas échéant, cliquer sur l'un des libellés affichés pour revenir au paragraphe de départ.
 

 

 

Sources supplémentaires d'informations en plus du cadastre ancien

ADB = Archives Départementales du Finistère à Brest
ADQ = Archives Départementales du Finistère à Quimper
 


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 A. Croguennec - Page créée le 5/1/2014, màj 29/5/2015.