blason de Brezal

Le trou du Bonnet Rouge

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Au XVIIè siècle : La prospérité règne en Bretagne. L'Elorn est un axe commercial où transitent vers Landerneau et La Martyre, l'une des plus grandes foires de Bretagne, les toiles, fils, blés, chevaux, bovins et porcs. Cependant, exceptés quelques riches laboureurs (les "juloded"), les paysans de La Roche et des environs sont de modestes journaliers et les mendiants sont nombreux. Cette misère, accrue par les taxes fiscales imposées par Colbert, provoque la "Révolte des Bonnets Rouges", en 1675 (cf La Roche, 9 siècles d'histoire). Elle est appelée aussi la "Révolte du Papier Timbré".

 

Dans le Léon, les troubles n'atteignirent pas la même gravité que dans le pays bigouden ou dans le Poher, où s'établit une situation véritablement révolutionnaire : des bandes armées de paysans y attaquaient et pillaient les châteaux. Pendant que les "Bonnets Bleus" bigoudens, qui manquaient de chefs, s'agitaient en désordre, le soulèvement s'organisait avec beaucoup plus d'ampleur et d'efficacité en Haute-Cornouaille, dans la région du Poher. Les insurgés, les "Bonnets Rouges", s'y étaient donné un chef énergique, en la personne de maître Sébastian ar Balp, notaire.
Anecdote à ce propos : Sébastien Le Balp était l'ami de Mauricette de Ploeuc, marquise du Timeur en Poullaouen, et épouse du marquis de MontGaillard. La grande mère de Mauricette de Ploeuc, Mauricette de Goulaine, avait été la marraine de Mauricette de Brezal en 1584.

 

Ici, dans le Léon, le sang n'y coula pas.

 

"Pour les paroisses du côté de St-Pol, de Morlaix et vers la côte de la Manche, on rapporte qu'elles se précautionnent pour se défendre et que les paysans, pour n'être pas surpris et pour empêcher les communications qui leur sont suspectes, ont des corps de garde sur les chemins par lesquels ils fouillent et s'assurent de ce qui se passe. Le chevalier d'Ervaux qui n'avait pas osé s'hasarder à aller de Quimper à Brest par Lanvau, ayant pris la route de Morlaix et de Landerneau, passa par trois corps de garde à partir de Morlaix. Celui de Landivisiau où un marchand venait d'être détroussé, il l'avait franchi en piquant à toutes jambes, le pistolet à la main. Cependant, sur les chemins, il y apprit que le nombre de ces corps de garde diminuait tous les jours", écrivait le 14 juillet 1675 l'intendant de la marine à Brest au duc de Chaulnes.

 

Mais, les paysans de La Roche et de Plouédern se livrèrent à des pillages. Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1675, la ville de Landerneau fut envahie par une foule de petite gens des paroisses voisines qui mirent à sac le bureau du timbre, déchirèrent tout le stock de papier timbré, pillèrent des magasins et des débits de boisson et démolirent la maison d'un riche marchand. La répression qui suivit obligea bon nombre à se cacher dans le "Toul ar Bonnedoù Ruz", situé dans le bois de Gorréquer, à Pont-Christ (*). La Roche doit acquitter 500 livres au titre des dommages causés.

(*) Pour situer cette grotte voir la vue aérienne de Pont-Christ.

 

la grotte
Le trou du Bonnet Rouge se trouve à la limite sud du bois de Gorrequer, du côté du Frout (cf vue aérienne de Pont-Christ).
C'est un boyau de 40 à 50 mètres de long qui s'enfonce horizontalement dans le rocher.
En largueur et en hauteur, il n'excède pas 1,50 mètre. Il faut avancer accroupi pour atteindre le fond.
Il est l'abri de nombreuses chauves-souris qui pendent accrochées à la paroi supérieure.
le bloc rocheux Le trou du Bonnet Rouge est situé à l'intérieur de ce gros bloc rocheux.

La légende veut faire croire que c'est la sortie d'un souterrain issu du château de La Roche, mais c'est une légende. Quoique ...
Charles Le Goffic, dans son roman "Les Bonnets Rouges" précisément, nous dit "que tous les châteaux forts et jusqu'aux simples maisons possédaient à cette époque de ces souterrains, dont quelques-uns avaient souvent plus d'une lieue."
C'est justement la distance qui sépare le "trou" du "Roc'h Morvan".

Dans les années 1960, un habitant de Gorrequer avait creusé le fond du "trou" pour vérifier si la fin de celui-ci n'était pas due à un éboulement et s'il ne se poursuivait pas après l'obstruction. Le sol était très dur... les recherches en restèrent là.

 

Quel est le nom du (ou des) "Bonnet Rouge" qui se cachait dans le trou ?

Louis XIV amnistia tous les révoltés hormis un certain nombre d'individus au nombre de 164 environ, beaucoup de ceux-ci étaient des personnes de Rennes où commença la révolte, mais il y avait aussi des gens de Cornouaille et du Léon. Faut-il rechercher notre "Bonnet Rouge" dans les personnes des environs de Pont-Christ qui n'ont pas été amnistiées et qui figurent donc dans la "liste de ceux que le Roy a exceptez et réservez de la grâce" :
- Paroisse de Landerneau : Paul Menac, François Leffait et Mathieu Sizon
- Paroisse de Plouvorne (sic) : le nommé Le Bol
Les autres étaient originaires de paroisses vraisemblablement trop éloignées de Pont-Christ.

 

Quel fut leur sort ? se demande Jehan Bazin dans "Landerneau, ancienne capitale de la principauté de Léon". Emprisonné au château de Brest, on ne sait si les portes de leur prison s'ouvrirent sur la potence, les galères ou la liberté.

Par Jehan Bazin encore, on sait qu'il y eut d'autres personnes emprisonnées : "Paul Manach, révolté de cette ville [Landerneau], est en prison et nourry depuis le 1er septembre 1675 ; Urbain Le Jar et Charles ont été internés 9 mois, Goulven Lucas 7 mois". Le gouverneur du château de Brest réclame avec insistance le montant de leur pension : 264 livres en 1676 et 187 livres en 1677.



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 A. Croguennec le 01/02/2012.